Les arabes ont ils vraiment conquis l' Espagne ? 9ème partie


Les Almoravides, la Contre Réforme Musulmane, ou l' importance du facteur climatique dans l' expansion de l' Islam

Nous avons atteints le point culminant de notre exposé. Il nous est maintenant possible d' établir une relation entre l' expansion d' idées fortes, et le cadre naturel de certaines régions qui ont souffert simultanément une crise économique, sociale et politique, produite par la modification de ses paysages. En raison de circonstances historiques, probablement fortuites, l' évolution des idées religieuses se faisait avec une plus grande énergie vers les thèses favorables à l' unitarisme dans les même lieux qui souffraient des effets des pulsations de toutes ces conséquences. Cette convergence entre un phénomène naturel et l' intensité maximale de l' évolution des idées au sujet de la divinité, s' est présentée dans la partie orientale du bassin méditerranéen au début du VII ème siècle. Dans la partie occidentale et en particulier dans la péninsule Ibérique, ceci s' est manifesté un siècle plus tard.
Comme nous l' avons décrit dans la 4 ème partie, à cause d' une pulsation produite par une diminution progressive des dépressions atmosphériques, chaque fois plus rares, une plus petite quantité d' eau arrosait les régions comprises dans la latitude du sud du Détroit de Gibraltar. En relation avec les distances, une vague de sécheresse venue de l' est désolait progressivement les terres situées à l' ouest, emportant avec elle des doctrines religieuses et des principes culturels, en un mot: la révolution. Mais il ne faut pas se laisser avoir par les apparences, la fausse interprétation d' un mouvement apparent réalisé par le jeu des forces de la nature ne doit pas nous induire en erreur: nous savons que la compétition entre les idées monothéistes trinitaires et unitariennes existait depuis le III ème et IV ème siècle. 



Quand une idée-forte à caractère religieux s' associe avec "la volonté divine" du changement climatique

L' acharnement spirituel était très antérieur à la crise climatique, mais les troubles économiques expérimentés par la société en fonction de la pulsation environnementale, suivait le rythme de son intensité à mesure que ses effets étaient visibles de manière oscillante, mais progressive, de l' est vers l' ouest. En d' autres termes, ce n' était pas la révolution qui s' était propagée au galop vers l' ouest, il se produisait un phénomène naturel dans chaque régions concernées, pour les mêmes causes et atteignant un point critique, provoquait une crise économique et sociale, similaire dans ces zones. Comme les populations de ces pays différents connaissaient la même évolution des idées religieuses, des réactions identiques se manifestaient, avec de grands décalages temporels, du au fait que les effets de cette pulsation climatique diminuait à mesure que l' on se trouvait plus vers l' ouest et l' Atlantique.
Cette pulsation a provoqué de grands mouvements démographiques. Des groupes de nomades qui transitaient dans les régions subarides ou de steppes, ont commencé à émigrer vers l' ouest, exode qui avait commencé depuis plusieurs siècles, mais que se réactualisait; d' une telle lenteur que les tribus Hilaliennes qui abandonnèrent le sud de l' Arabie au X ème siècle, atteindrons définitivement le Maghreb, seulement au XIV ème siècle. Selon nos connaissances actuelles, il s' agit de l' unique transit d' une population arabe vers l' ouest dont nous avons une documentation précise. Et ça n' a pas eu lieu au VII ème et VIII ème siècle, les premières avant gardes sont apparues dans le sud de la Barbarie au XI ème siècle. Ces migrations n' étaient pas politiquement préoccupées. Marçais qui ignorait l' existence de la pulsation climatique et par conséquence des véritables causes du phénomène écrivait que généralement, les arabes ne manifestaient aucun désir de vivre à l' aventure. La plus grande erreur consisterait à considérer les nomades comme des vagabonds ou des explorateurs, n' aimants pas les déplacements inutiles. Leur mobilité était strictement régie par les conditions de leur existence. Ces mouvements démographiques de l' est vers l' ouest démontrent le point culminant de la pulsation, et sa lenteur, le besoin de substanter leur troupeaux. Mais cette action d' envergure locale, limitée à des zones de steppes de l' Afrique du Nord, et minime quand aux masses de populations, n' a joué aucun rôle dans le développement des événements historiques.
Ce n' était pas la même situation avec la transformation produite par le violent changement climatique, des classes sociales des zones agricoles, riches et très peuplées. L' agitation avait atteinte de tels extrêmes que les caractères politiques et religieux de ces événements furent débordés par les mutations  sociales, il s' agissait d' une véritable révolution, la civilisation arabe se cristallisait et de divers ferments sont intervenus dans cette création. Un des plus importants se distingue: la doctrine unitarienne prédiquée par Mahomet, celle qui se propageait après sa mort par ses disciples et s' est imposée peu à peu sur les diverses sectes existantes dans ces régions. Grâce à cette réussite, l' enseignement du Prophète s' est imposée sur les troubles sociaux. Par sa simplicité, cette doctrine avait réussit à éliminer les sectes dont les dogmes étaient, parfois à la fois extravagants, et trop compliqués pour le commun des mortels, comme le monophysisme. Par des causes similaires et des circonstances ressemblantes, ce stimulant s' est manifesté dans les régions méridionales de la Méditerranée où la propagation des mêmes principes religieux se combinaient de telle sorte avec les effets de la crise, qu ' il a été très difficile pour les historiens de distinguer chaque éléments du produit final. Nous avons nommé ce complexe: la Grande Révolution Islamique, bien ce n' est pas la prédication de Mahomet, ne celle de ses disciples, qui a bouleversé les structures politiques précédentes, mais bien l' action des troubles atmosphériques.
Pour surpasser la terreur produite par le déterminisme géographique, l' Homme à recherché une défense psychologique dans la religion. Dans les époques primitives les phénomènes naturels les plus élémentaires, c' était le tribut imposé par la volonté divine. N' importe quelle crise géophysique ou sociale, la faim, la sédition, la guerre, surtout si on imposait l' esclavage au vaincu; a toujours réanimé les sentiments religieux des masses. Il existe un exemple d' événements similaires à ceux que nous sommes en train d' étudier, qui eu lieu trois siècles plus tard dans la partie occidentale du Sahara. Il s' agit du mouvement Almoravide qui débuta durant la moitié du XI ème siècle. On conserve les textes requis pour établir la connexion recherchée.

Voici un paysage ressemblant à ce qu' à pu être certaines zones de Mauritanie et du Maghreb, selon les sources arabes

Certaines zones du Maghreb, aujourd'hui désertiques, étaient encore vertes au XII ème siècle

La Mauritanie est une partie du Sahara occidental située entre le sud de la haute chaîne de montagnes de l' Atlas et les fleuves Niger et Sénégal, qui jouissait durant le Moyen Age d' une plus grande humidité qu' aujourd' hui, d' où un contraste puissant entre le climat et le paysage qui existaient dans ces lieux, antan et actuellement. Le Rio de Oro, par exemple, qui constitue une partie de la zone côtière qui profite pour son voisinage avec l' Océan d' une plus grande influence maritime que les régions, souffre malgré tout des conséquences adverses du faciès désertique. Les puits sont très rares de telle sorte que sa population est presque inexistante: plus ou moins 15000 habitants pour 285 000 kilomètres carrés, soit deux fois l' Angleterre. Ce n' était pas le cas du temps des Almoravides. Pour s' en convaincre il suffit de lire les anciens géographes: Al Bakri (XI ème siècle), et El Idrissi (XII ème siècle) et les historiens: Ibn Al Athir (XII ème siècle) et Ibn Khaldoun (XIV ème siècle).
Rapidement, un observation s' impose: les anciens auteurs nommaient une région "désert", non pour ses conditions adverses, mais pour son absence de population. Ils n' affinaient pas les faciès, comme aujourd' hui  où on n' utilise pas ce terme pour désigner des territoires à caractère aride, subaride ou steppique qui possèdent dans certaines partie de l' année des pâturages suffisants pour alimenter des troupeaux de chameaux, de chèvres ou de moutons. La terre que traverse les nomades est une steppe subaride et xérophytique, et non un désert que l' on peut traverser, mais où on ne trouve pas de moyens pour subsister. Durant l' époque d' Al Bakri, plusieurs tribus vivaient dans le Sahara, la plus importante d' entre elles, les Lantounas "qui vivent comme des nomades et traversent le désert. La région qu' ils transitent s' étend de long en large à une distance de deux mois de marche, et sépare les pays des noirs des terres d' Islam." Malgré cela, il est probable que des régions centrales du Sahara, comme le Tanezrouft, était déjà un désert en formation, voire tout établi. Apparemment, dans beaucoup de lieux, les niveaux phréatiques ne s' étaient pas encore trop enfoncés dans le sous sol, on trouvait de l' eau en creusant le sable. Selon ce géographe duquel nous extrayons ces données, on pouvait traverser le Sahara central en suivant l' ancienne route romaine, jadis empruntée par les chariots, c' est à dire, de Tadamek à Ghadames, de Es Suk, proche de Gao sur la courbe du Niger jusqu' à l' ancienne Cidamus dans le sud tunisien, 40 jours de parcours et réalisant cette opération tous les trois jours. Cette ressource devait être employée fréquemment, puisque notre géographe cordouan souligne plusieurs fois son utilité dans ses descriptions de ses voyages. Le voyageur n' avait qu' à creuser deux ou trois coudées pour régler ses problèmes.
D' autre part, l' extension des zones fertiles, cultivées ou dédiées aux pâturages, était bien plus grande qu' aujourd' hui; du moins dans le sud algérien et tunisien. El Idrissi écrivait: " Nul Lanta se trouve à trois journées de marche de la mer ténébreuse (l' Océan) et à quinze journées de Sijilmassa (ville importante, aujourd' hui disparue qui était jadis la capitale du Tafilalet). Les habitants de Nul Lanta possèdent beaucoup de vaches et de moutons et par conséquent du lait et du beurre en abondance." Par sa proximité avec la mer, sa latitude et l' abondance des neiges dans le Haut Atlas, cette région conservait encore un paysage de prairies que nous avons décrits dans la 4 ème partie, dominant la quasi totalité des régions sahariennes à la fin du dernier millénaire. Le Sus, qui constitue une région intermédiaire entre le Haut Atlas, au nord, et l' Anti Atlas au sud, par le fait de sa situation géographique et sa proximité avec des hautes montagnes, produisait selon cet auteur une telle quantité de canne qu' elle exportait son sucre "à tous l' univers." On trouve la même chose dans les régions situées plus à l'intérieur sur le méridien de Colomb Béchar. Al Bakri signalait qu' à 100 km plus au sud, "à l' ouest d' Igli, grande ville située dans une vallée où coule un fleuve important qui se dirige du midi vers le nord (Ouad Guir? ou Saoura?) et qui traverse une continuité de jardins. On y trouve de grandes quantités de fruits et les produits nécessaires. Dans cette région la canne à sucre s' est convertie comme le produit le plus important. Avec le quart d' un dinar on peut acheter une telle quantité qu' un homme pourra la soulever qu' avec les plus grandes peines." La même chose dans la région de Tamedelet, qui se trouvait à six journées d' Igli, vers le sud. Le même auteur nous assure que "toute cette région est recouverte de jardins. Le fleuve (probablement l' Oued Saoura), fait tourner un grand nombre de moulins. Le territoire de Tamedelet est notable pour la fertilité de son sol et la splendeur de la végétation." En un mot, ces lieux prospères se sont converties en steppes, l' antichambre du désert. Grâce à sa proximité avec l' Atlas, le Sus a conservé quelques traces de ses anciennes richesses, mais les vallées se sont dégradées à tel point que l' érosion éolienne a converti leur plus grande parties en ergs et en hamadas.

Yayah Ibn Ibrahim

La crise climatique est bien la cause première de l' épopée Almoravide

On conserve la documentation requise pour reconstituer l' origine du mouvement Almoravide, qui est né dans les régions anciennement arides et subarides de Mauritanie, aujourd' hui désertiques. Cette zone maintenait amplement les tribus des Lantounas. Les témoignages d' Ibn Al Athir et Al Bakri sont contemporains à ces événements. Ce dernier avait rédigé son oeuvre en 1067, quand les almoravides n' avaient pas encore envahis le Maroc. Ses données ont été confirmées par Ibn Khaldoun.
De retour d' un pèlerinage à la Mecque, en l' an 1046, un des chefs de la tribu des Lantounas, Yahya Ibn Ibrahim si fit la charge de ses compatriotes, si en vérité ils n' étaient pas idolâtres, ils n' étaient pas non plus de véritables musulmans, du moins tel que le concevaient des croyants plus "intégristes".Il réussit à convaincre à un partisan du droit religieux, Abdallah Ibn Yasin, originaire de Sijilmassa, de le suivre dans les steppes afin de les convertir. En peu de temps, et malgré des échecs importants, de multiples intrigues, des réticences et des moqueries de la part de tribus, et jusqu' avec des combats, il avait acquis un tel prestige qu'il devint le maître spirituel de tous les nomades sahariens. Ils prirent le nom d' Almoravides, qui veux dire les adhérents à la foi. En réalité, Ibn Ibrahim les avait transformé en force de choc de l' "intégrisme musulman occidental. On se demande alors comment un chef religieux a réussi en si peu de temps à enrôler sous sa bannière une population si importante, disséminée dans un territoire si vaste, de telle sorte que ses chefs militaires postérieurs ont été capables de conquérir le Maroc, l' Algérie et une partie de la péninsule Ibérique. En vérité, ces conquêtes furent éphémères et peuvent s' expliquer par des motifs d' ordre politique que nous ne pouvons exposer maintenant. Il suffit de savoir que ces nomades Almoravides s' étaient convertis en condottieres religieux dont les partisans "intégristes" des nations voisines, leur demandaient une assistance pour les aider à lutter contre l' ennemi commun, le musulman "libéral", l' incrédule et le chrétien. Ce qui nous intéresse bien plus, c' est de comprendre le mécanisme en vertu duquel une prédication entreprise par un chef religieux a pu se convertir en action militaire, en raison d' une crise climatique.
De tous les groupes humaines déterminés par le cadre géographique, c' est le nomade qui est le plus individualiste. S' il en est ainsi, comment Ibn Yasin, qui succéda à Ibrahim, a t' il pu réaliser le miracle de forger en une seule unité toutes ces personnalités rudes et diverses, disséminés dans d' immenses lieux de solitude? La seule prédication avec la magie du verbe et le pouvoir d' attraction des concepts ne suffisait pas, d' autant qu' à cette époque, la propagation d' une idée requérait un certain temps, restant subordonnée aux voies de communication. Ce miracle ne s' explique que par l' action d' une cause supérieure qui surpassait, et de loin, les vertus des mots. C ' était la pulsation, la crise climatique, dressée comme un fantôme de l' Apocalypse, celle qui dominait toute les volontés. En d' autres mots, la steppe brûlée par le soleil ne pouvait nourrir le même nombre de personnes qu' antérieurement, les pâturages pour les troupeaux diminuaient. L' équilibre entre la production et la consommation était rompu, et l' émigration était l' unique recours qui pouvait sauver tout le monde. En d' autres circonstances, quand l' abandon des lieux ancestraux ne pouvait se faire de manière naturelle, l' équilibre entre le cadre géographique et la démographie se rétablissait, que se soit avec des mesures draconiennes pour limiter la procréation, comme cela arrivera plus tard dans les oasis, ou que ce soit par des guerres inter-tribales qui éliminaient les éléments les moins forts. La présence des deux amis dans la steppe pour prédiquer leur réforme, coïncidait avec une crise sociale dont la solution était décisive pour la survivance   commune. Ils arrivaient au moment opportun, ils prédiquaient la guerre sainte contre les gens du nord, les habitants de Sijilmassa, Taraudent, Igli et autres, qui pour ces "intégristes" vivaient dans l' impiété, mais qui avaient de quoi boire et manger. Ce fut le commencement  d' une ambition qui va rapidement devenir démesurée.

Un secte ténébreuse

En d' autres termes, la prédication de ces prophètes favorisait les intérêts de tous les nomades de la steppe. L' émigration canalisait l' excès de population qui ne pouvait plus vivre dans leur lieux ancestraux. Ils résolvaient une situation difficile, de celles qui exigent les plus grands sacrifices, autant, que le recrutement se fit à une vitesse affolante, étant donné les dimensions des lieux. D' une autre part, l' adhésion à la secte se faisait de telle manière que pour effacer ses péchés antérieurs, son idolâtrie, sa superstition, son incrédulité, le néophyte recevait rien de moins que 100 coups de fouets (Al Bakri). Une fois admis, la discipline était terrible, la moindre infraction était punie par des coups de fouet. Pour se soumettre à une discipline si féroce, les nomades devaient être motivés par des raisons très graves: la sécheresse brûlait les pâturages de la steppe. La faim et la misère guettaient de toutes parts, et transformaient ces deux compères en prophètes envoyés du ciel pour les sauver. Ils ne donnaient pas seulement la garantie qu' ils jouiraient des plaisirs paradisiaques dans une autre vie, ils leur procuraient dans leur vie présente de quoi boire et manger. Dans notre passé, la guerre, sainte ou diabolique, était rentable pour le vainqueur. Nos prédicateurs n' avaient aucun scrupules pour rendre fous ces malheureux avec des promesses fantastiques: s' il mourait au combat, le soldat amloravide était assuré d' avoir les plaisirs édéniens, s' il était sauvé, là étaient les richesses extraordinaires des pays lointains, comme l' Espagne, où ils pourraient se faire riche et profiter des délices paradisiaques de ces terres.
L' idée était ainsi lancée comme par une formidable catapulte. En temps normal, il existe des aventuriers qui pour des raisons de génie particulier, abandonnent leur familles, et la vie sédentaire pour se défouler sur les chemins et vivre les mille et une aventures que procure le hasard. Ils sont une exception. Les masses n' aiment pas changer leur habitudes et coutumes, abandonner leur richesse, modestes puissent elles être, plus réelles et palpables qu' un avenir incertain. L' exode de ces nomades fuyant la steppe et abandonnant leur pauvres troupeaux nous enseigne, si on ne le savait pas, la situation calamiteuse dans laquelle ils devaient se trouver. Plus encore, la relation existante entre la modification du paysage et l' impulsion d' une idée forte, peuvent se démontrer avec des textes contemporains à ces événements.

Les sources historiques témoignent d' une crise climatique en Mauritanie, au XI ème siècle

Personne ne pourra rediscuter de l' aggravation de la crise climatique du XI ème siècle. Nous avons de nombreux témoignages du processus du dessèchement accentué dans le Sahara. A cette époque on commence à construire les fogaras des oasis. La sécheresse ne détruisait pas seulement la végétation, l' érosion éolienne ensevelissait rivières et villes, comme nous l' assure El Idrissi. D' une autre part, si le géographe nous communique les premiers faits de la secte, l' historien Ibn Al Athir (1160-1233) avait connu ses derniers partisans. Avec les textes de ces auteurs contemporains à l' épopée des Almoravides, on peut reconstituer les grandes lignes de ces événements.
Dans ses anales du Maghreb et d' Espagne, Ibn Al Athir décrivait les faits suivants: "Le 27 février 1058, après une sécheresse qui avait désolé ces régions (les steppes de Mauritanie), Ibn Yasin envoya les plus misérables (parmi les nomades des tribus des Lantounas) dans le Sus pour toucher le sekat (l' impôt rituel). Neuf cent hommes avancèrent jusqu' à Sijilmassa, ils obtinrent un butin d' un certain prix, et revinrent ensuite chez eux. Alors, le désert leur paru trop petit et désirèrent propager la parole de la vérité en Espagne et combattre les infidèles. Ils pénétrèrent dans le Sus, mais leur habitants s' unirent pour leur résister de manière si efficace que les Almoravides durent fuir, pendant que l' homme de loi, Abdallah Ibn Yasin, était mort. Abu Bakr Ibn Omar (son successeur au commandement) réunissait une nouvelle armée de mille hommes à cheval, mais il fit face à douze mille cavaliers Zénètes. Ils leur prièrent de les laisser passer pour pouvoir aller en Espagne, combattre les ennemis de l' Islam." Cette prétention fut refusée par les Zénètes, il eu lieu un autre combat qui se termina par la victoire des nomades. Les sédentaires décimés terminèrent par se soumettre. La relation des faits ne parait pas très claire, les Almoravides se sont dirigés vers l' est et ont pris la ville de Sijilmassa, où, selon Ibn Khaldoun, ils prirent le contrôle de 50000 chameaux.

Grandes lignes du début de l' épisode Almoravide

Voici quelques faits qui confirment le contexte établi:

1- Il eu lieu une sécheresse qui avait atteint un caractère grave, en hiver, à une époque de pluies.

2-Ibn Yasin envoya les plus misérables de ses disciples dans le Sus pour toucher le butin de l' impôt, qui parait bien plus à une aumône prise par la force. Comme la situation climatique empirait, le désert lui paraissait trop petit pour ses ambitions. Ce prophète prédiqua alors les avantages de la guerre sainte, pas pour la mener dans les terres voisines des noirs, misérables et idolâtres, mais dans les riches terres du Maroc et d' Espagne.

3-Yasin prépara l' exode des ses disciples, débutant une conquête militaire que conduiront plus tard des chefs énergiques et vigoureux.

Points communs et différences entre l' expansion du mahométisme et l' expansion de la Contre Réforme Almoravide

En un mot, pour satisfaire ses ambitions religieuses, et sa passion pour le commandement, Ibn Yasin avait profité des circonstances sociales apparues dans ces régions. S' il la sécheresse n'avait pas obligé les plus pauvres à chercher fortune pour satisfaire leur nécessités les plus immédiates, il est très probable qu' au lieu de mourir au combat, il serait resté en compagnie de son ami Ibrahim, au bord du fleuve Sénégal, là où il se trouvait au début de sa prédication.
L' épisode Almoravide a pour cette thèse, une grande importance, parce qu' il permet de comprendre les événements qui eurent lieu 400 ans auparavant au Moyen Orient. Les cadre environnemental est similaire, de même que les répercussions de la crise climatique, et les dépressions économiques et sociales, sont identiques. Avec des prétextes religieux ressemblants, les incursions se réalisaient comme une réaction en chaîne avec les limites des faciès du paysage. La transformation du cadre environnemental et le contexte historique sont identiques pour ces deux événements. En un mot, la cause qui mettait en mouvement l' idée forte du moment, dans les deux cas en relation avec le déplacement de populations, était la même. La seule différence dans ce cas ci est dans l' heure historique de ces événements. Une autre différence est que l' expansion Almoravide était réellement d' ordre militaire, tandis que ce caractère reste à démontrer, pour l' expansion antérieure du mahométisme. Yasin était un réactionnaire dépourvu de ressources intellectuelles, le jouet de circonstances qu' il n' avait peut être même pas compris. Au contraire, Mahomet était un homme qui par l' effort de son intelligence avait rétabli et donné une nouvelle vie au monothéisme pur. Avec sa parole, il intervenait dans la genèse d' une nouvelle civilisation. Avec leur dogmatisme insensé, Yasin et les siens, contribuèrent à pétrifier ces mêmes principes. 
Si le Maroc n' a pas pu résister à l' impact des mauritaniens, la culture arabo-andalouse a su se maintenir en Espagne pour encore deux siècles, malgré la réaction Almohade qui succéda à l' Almoravide. Elle était fatalement condamnée par le destin.

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