Les arabes ont ils vraiment conquis l' Espagne? 6 ème partie


Le christianisme Trinitaire dans l' Espagne de la fin de l' Antiquité et du Haut Moyen Age

Mahomet en Enfer, selon Dante

La compétition entre les civilisations sémites et indo-européennes n' avait pas encore atteint le territoire d' Occident durant le Moyen Age, sauf dans la Péninsule Ibérique. Ce front si situait sur les bords de la Méditerranée. Si on exclut quelques incidents survenus en Italie, on trouvait les points critiques de ce conflit dans les deux extrêmes de cette mer; en Espagne et dans les provinces byzantines. Plus tard, durant la fin du XV ème siècle, on assiste à un double mouvement contraire. D'un coté, quand Byzance et son empire se trouve submergé par les turcs islamisés, de l' autre coté, en Espagne, le christianisme se récupère, et récupère ses anciens territoires. Ainsi s' explique que de toutes les nations occidentales, c' est l' Espagne, considérée dans sa totalité, qui a été christianisée le plus tard, durant la fin du Moyen Age, avec au moins 10 siècles de retard sur les autres. Durant le XVI ème siècle, une partie de cette population était encore musulmane et ce fut seulement après l' expulsion des morisques (1609-1614) que le catholicisme s' est convertit en religion de tous les espagnols. On comprendra maintenant pourquoi l' évolution des idées religieuses dans cette nation s' est développée différemment du reste de l' Occident.
Durant le Haut Moyen Age, les chrétiens considéraient l' Islam comme une simple hérésie. L' abbé Speraindeo, durant le IX ème siècle, nommait ses adversaires hérétiques, comme le témoignent ses écrits. Durant le XIII ème siècle, Dante condamne Mahomet à l' enfer dans sa Divine Comédie, mais celui ci ne le place pas dans le lieu destinés aux barbares, où on l' aurait certainement mis à une époque ultérieure. L' auteur italien le met en compagnie des schismatiques, c' est à dire avec des personnes qui appartiennent à la famille chrétienne, quoique pour les fautes du Prophète, ils se retrouvent isolés dans un lieu particulier. Comme punition, la poitrine du Prophète est ouverte en deux, pour avoir divisé en deux le christianisme. Il y a un siècle, Ernest Renan avait constaté ce critère, et auparavant, Miguel Asin Palacios enseignait que la même condamnation se manifestait pour des auteurs musulmans comme Algazel, Ibn Arabi, etc


Les premiers siècles du christianisme Trinitaire

Une terre essentiellement païenne

Les témoignages concernant la religion de Mithra et du gnosticisme sont nombreux en Espagne, mais on ne possède aucun document ni littéraire, ni archéologique, antérieur au IV ème siècle, qui aurait un caractère paléochrétien. Telle est la réalité, du moins actuellement, de l' état de nos connaissances. La cause souvent évoquée est celle de la persécution de Dioclétien débutée en 303, qui aurait totalement détruit les documents chrétiens disponibles à cette époque. L' absence de documents ne préfigure pas l' inexistence des chrétiens durant ces premiers siècles, mais on peut déduire de cette pénurie que les fidèles au christianisme étaient alors une minorité. Il est évident que si les chrétiens auraient été plus nombreux ils auraient transmis un plus grand nombre de documents.
Nous possédons une lettre de Saint Cyprien, évêque de Carthage, dirigée aux communautés d' Astorga, de Léon et de Mérida, Ces chrétiens avaient été abandonnés par leur évêques, Basilides et Marcial qui avaient été apostasiés, et dans leur confusion, ils demandaient conseil. Cet épître a été écrit durant la moitié du III ème siècle, et on peut y lire par exemple ces mots: "ne vous inquiétez pas si pour certains d' entre nous, la foi devient doute, si l' inconsistante crainte de Dieu chancelle et que disparaisse l' entente." Les évêques apostasiaient, mais le plus étrange est de constater que des fidèles abandonnés, désemparés et ignorants, se voyaient dans l' obligation de demander des conseils à une personnalité étrangère qui vivait à des milliers de kilomètres du lieu de leur résidences, avec la mer au milieu. N' y avait il pas d' autorités ecclésiastiques à qui se diriger?
Plusieurs textes font affirmer que la propagation du christianisme en Espagne s' est heurtée face à de grands obstacles, ce qui explique la lenteur de sa diffusion et la faible vigueur de son établissement dans le pays. Sulpice Sévère (360-425?) se réfère à ce fait dans sa célèbre chronique. L' abbé Valère du Bierzo, mort en 690, dans une lettre dirigée ses "frères" de religion, assurait pour les motiver, qu' il fallait suivre l' exemple de la vierge Aetheria, la célèbre voyageuse. On trouve la même suggestivité dans les actes de Santa Leocadia de Tolède et dans ceux des martyrs Vincent de Sarragosse, Sabina et Cristeta d' Avila. On suppose que la passion de Firmin d' Amiens, dont l' auteur est français , a été la source de ces écrits du VII ème siècle, dans laquelle on assurait que les mêmes choses se passaient en Gaule.
Des études récentes par des spécialistes nous enseignent l' existence de relations jusqu' alors insoupçonnées qui ont facilité la lente évolution de certaines conceptions païennes vers la constitution de nouveaux dogmes. Jean Gagé démontre le rôle joué par la mythologie solaire, qu' elle soit incarnée par Mithra, ou par l' Empereur, pour convertir les masses vers un monothéisme unitaire après ce long exercice préparatoire, c' est à dire: " accoutumant les populations du monde romain à une vision monothéiste de l' univers monarchique de l' orbis romanus.
Ces relations entre des conceptions si différentes sont aujourd' hui difficiles à ignorer. Il existe dans tout l' Empire et en Espagne une iconographie abondante qui montre l' évolution de ces idées menant parfois à l' orthodoxie ou vers l' hérésie. Le paganisme ne s' est pas seulement maintenu pour une longue période, il a aussi connu durant le VII ème siècle une authentique renaissance. Ce que confirme Maurice Boëns après avoir étudié les documents archéologiques référents à la présence de lieux Votifs dans les cimetières francs de Rhénanie, de Lorraine et de Belgique: "Il faut signaler, qu 'elles sont assez tardives (VIII ème siècle). Pourtant, il est difficile de concevoir qu' il serait apparu spontanément des pratiques aussi conformes à la mentalité protohistorique, en pleine fin de l' époque mérovingienne. Elles ont du connaître une recrudescence qu' annonçaient les derniers Conciles de Tolède. En effet de 589 à 653, elles font constamment allusion à une survivance de la magie; parallèlement, on témoigne sous le règne de Réceswinthe (653-672) d'une subtile faiblesse de l' organisation de l' église catholique dont la conséquence immédiate a été le retour du paganisme, duquel fut témoin l' abbé Valerio durant les années 680-690. L' arrivée en masse de laïcs dans le monastères eu comme conséquence la paganisation des moines.
Les premiers textes de l' église chrétienne hispanique que l' on connaît sont les actes d'un Concile célébré à Elvira (l' ancienne Grenade) au début du IV ème siècle, sous le règne de Constantin, constantini temporibus editum, selon les prières du préambule. Tous les historiens sont d' accord pour dater cette réunion après la persécution de Dioclétien et Maximien, qui meurt en 310. En 312 Constantin vainc son beau frère Maxence, fils de Maximien. En 313 le nouvel Empereur proclame l' Edit de Milan, en 314 le Concile d' Arles fait référence au Concile d' Elvira. Ainsi, ce doit être quelques années auparavant que le Concile d' Elvira a du se tenir, dont personne n' a contesté l' authenticité. On en conserve plusieurs copies qui s' échelonnent du VII ème siècle au X ème siècle. Seuls 19 évêques y auraient assistés, mais il étaient venus des lieux les plus reculés de la péninsule: ils venaient naturellement du Levant espagnol et d' Andalousie, mais aussi de Braga, du Léon, de Tolède, de Sarragosse, et même de Calahorra, c' est à dire des villes romaines qui étaient alors importantes. Le grand intérêt de ce texte en est la synthèse, que l'on peut en tirer, de la pensée de l' autorité ecclésiastique de ce moment de vie du christianisme en Espagne. Il nous enseigne aussi qu' à ce moment, la civilisation romaine se maintient dans toute sa splendeur, avec des courses de chars, et des comiques qui divertissaient les foules. Le canon LXII interdit le baptême aux auriges et aux mimes (Pantomimus) à moins qu'ils ne renoncent à leur professions. Priscillien nous confirme l' existence de représentations théâtrales durant ces dates tardives dans son Liber de fide et de apocryphis. Les flamines sacrifiaient aux idoles, puisque dans les canons II, III, et IV on se réfère à ces personnages. La sexualité et les coutumes païennes étaient toujours vigoureuses, puisque la plupart des actes de ce Concile sont orientés à les combattre, parfois de manière insensée et arbitraire, ce qui va peu aider à la conversion des idolâtres.
La lecture de ces actes donne une impression d' actions défensives, les chrétiens étaient une stricte minorité, et leur pasteurs tentaient de les éloigner de l' ambiance environnante. La foi y était précaire, et les évêques doivent en arriver à des mesures draconiennes, ainsi prie le premier canon, comme s'il s' agissait de sa plus grande préoccupation: "Si un adulte ayant reçu la foi du baptême de la rédemption, va aux temples des idoles pour les idolâtrer, et commettre ce crime capital, pour être de la plus grande méchanceté, nous décidons qu'il ne puisse recevoir la communion, ni même à la fin de sa vie." Les fidèles ne peuvent avoir d' idoles dans leur maison, "mais s'ils craignent la violence de leur esclaves, ils doivent au moins se maintenir purs. S' ils ne le feraient pas ils seraient exclus de l' Eglise." Les fidèles doivent vivre isolés de leur concitoyens païens, ne peuvent se marier avec eux et ne peuvent accepter des postes de magistrats et duumvir. Cette situation d' infériorité était logique et naturelle, puisqu'il s' agissait de petites chapelles chrétiennes incrustées dans une société païenne. Mais ce n' était pas tout, les évêques avaient affaire à une terrible concurrence: le judaïsme.

La grande concurrence du prosélytisme juif

Quand les premiers chrétiens ont débarqués en Espagne, ils trouvèrent des communautés juives, dont certaines importantes, qui étaient enracinées dans le pays depuis de nombreux siècles, comme c' est le cas dans d' autres lieux des bords de la Méditerranée. Le christianisme était alors une secte hérétique dans une société hébraïque. On ne doit pas ignorer le fait que les minorités hispano-juives étaient probablement bien plus développées et cultes que le reste du pays. Ils avaient une tradition commerciale et culturelle considérable. Depuis le I er siècle av JC, ils maintenaient des relations et des échanges entre Iberia et la Palestine. Cadix avait été fondée par les phéniciens 1200 ans avant le Christ et les relations entre sémites et hispanos étaient fréquentes. Ceci se déduit entre autres avec les témoignages archéologiques que l' on a souvent découvert dans le sud de la péninsule. Avec ces conditions, et l' importance et la splendeur des villes romaines du début de l' ère chrétienne, il n' est pas imprudent de supposer que l' importance de ces communautés juives pouvait être comparée avec celles qui vivaient en Barbarie, en Egypte, et en Asie Mineure; c' est à dire une zone de culture sémite dans laquelle le christianisme n' a pas pu se propager. Quand la famille juive s' est répandue dans le monde, le nombre de ses fidèles a augmenté. En 1945, en résumant ses travaux sur le climat et l' environnement de la Palestine de l' époque du Christ, Huntington estimait que le nombre de ses habitants était de 2 millions. Malgré les malheurs causés par l' émigration, les persécutions et la disparition de colonies entières, comme celles de Cyrenaïque, épuisées par la sécheresse durant le III ème siècle, le nombre des juifs paraissait avoir augmenté. Sans d' autres témoignages, il faudrait supposer que le fait était du à une action de prosélytisme. Nous avons la conviction que des masses entières de personnes appartenants aux peuples les plus divers se sont convertis au judaïsme. La conversion la plus extraordinaire est sans doutes celle des khasars du sud de la Russie qui eu lieu durant le VIII ème, IX ème et X ème siècle. Pourtant on a jamais constaté l' importance qui se dégage de la possibilité d' une expansion en Occident, avec les conséquences que cela suppose, entre celles du métissage. Quelle raison pouvait empêcher un gaulois, un celte ou un ibère de se convertir au judaïsme, quand il pouvait choisir entre le baptême et la circoncision? Les masses d' Occident étaient disposées à se réjouir pour n'importe quelle idée d' Orient, que ce soit le culte de Mithra ou la gnose. Pour quelle raison le monothéisme mosaïque ne se serait pas développé dans une telle ambiance? 
On peut apprécier, en lisant les actes du Concile d' Elvira, une véritable compétition entre le judaïsme et le christianisme. Le canon XLIX s' exprime de cette manière: "Avertissez ceux qui cultivent la terre, qu'ils ne permettent pas que leur fruits, reçus de Dieu comme action de grâce, soient bénis par les juifs, pour que notre bénédiction de paraisse pas vaine et trompeuse. Si après cette prohibition, certains continueraient à le faire, ils seraient totalement exclus de l' Eglise." Cette confession démontre l' existence d' un véritable challenge.....de bénédictions! Le canon L interdit au clercs et aux fidèles de manger avec les juifs, dans le cas contraire, "qu'ils s' abstiennent de la communion afin de s' amender." On pourrait croire qu'il s' agit d' une démonstration de l' esprit mesquin qui se manifeste parfois chez la gent ecclésiastique, mais devant les dimensions qu' allaient atteindre la communauté juive en Espagne durant le Moyen Age, il est très probable que cette interdiction soit une politique défensive pour éloigner les chrétiens du prosélytisme de semblables monothéistes, mais qui étaient dangereux pour concevoir la divinité d' un point de vue unitarien. Dans la lutte des idées opposées autour des principes unitariens et trinitaires, le judaïsme représentait le fer de lance des sectes contraires au christianisme. De là, la haine et la crainte que manifestaient les derniers rois Goths et leur persécution impitoyable, croyants qu'un tel prosélytisme mettait en doute l' avenir de la couronne.
Mais l' opinion unitarienne était si répandue que ces terribles mesures ont eu peu d' effets. Les lamentations de rois et d' évêques se plaignant de l' obstination des juifs se répète dans tous les derniers conciles, puisque les conversions seront peu nombreuses et circonstancielles. Au lieu de décroître, la population juive a augmenté sans aucun doute grâce au prosélytisme, ceci explique la réaction des pouvoirs politiques et religieux des catholiques au long du Moyen Age. Durant le XIII ème siècle il y avait 800 000 juifs en Castille qui payaient l' impôt de capitation. Puisque cette quantité représente que ce point de la péninsule, on peut supposer une population de plusieurs millions. Ces masses ne pouvaient être tous les descendants des primitifs immigrés de Palestine. Comme cela s' est passé ailleurs, la plupart étaient des autochtones dont les ancêtres s' étaient convertis au judaïsme. Durant le Haut Moyen Age, le monothéisme enseigné par Moïse représente aussi un catalyseur qui attire et rallie les idées unitariennes, surtout après la conversion de Récarède quand le culte arianiste fut supprimé.

Un christianisme très peu catholique

Les actes du Concile d' Elvira ont très peu de relation avec les leçons des Evangiles. Les évêques qui l'ont rédigés ne paraissent pas chrétiens, comme le démontrent les scandaleux textes canons. Pour relativiser cette férocité, évoquer la barbarie de ces temps ne sera pas suffisant, puisque elle a été la norme des siècles antérieurs et postérieurs du Moyen Age, Pourtant, il a existé durant toutes ces époques des grands esprits, des philosophes ou des religieux qui ont donné l' exemple et ont prédiqué la charité et les relations humaines entre les Hommes. Mais les auteurs des actes du Concile d' Elvira n' appartiennent pas à cette minorité. Ils ne craignaient pas la responsabilité et les conséquences de leurs actes, comme des hommes de guerre sujets à des conditions de luttes implacables, ils étaient 19 évêques, tranquillement réunis qui représentaient à leur époque la mentalité d'une communauté religieuse qui se disait chrétienne.
Ainsi dit le canon V: "Si une femme prise par la fureur des chaleurs, a fouetté une de ses esclave, jusqu' à ce que celle ci meurt de douleur au troisième jour, comme on ignore si la mort est survenue de manière intentionnée ou non: si elle fut intentionnée, après sept ans de pénitence opportune, la femme sera admise à la communion; sinon, au bout de cinq ans. Mais si durant ce délai l' esclave est seulement tombée malade, la femme recevra la communion." Le canon VII: "Si un fidèle, après avoir commis le délit de fornication et avoir fait la pénitence opportune, aurait recommencé à forniquer, il ne recevra pas la communion jusqu' à la fin de sa vie."
Une étrange morale émane dans ces textes: un chrétien homicide qui tue sa victime avec des supplices de grandes douleurs, commet une faute moins grave, qui est punie de 7 ans d' excommunions, que le récidiviste du péché de fornication, qui est pratiquement exclu de la communauté. Dans les 81 canons du Concile d' Elvira, environs 20 privent de la communion à vie. Naturellement la majorité des théologiens ont condamnés ces normes suspectes de novacianisme (hérésie du III ème siècle) et de montanisme, entre autres, de nombreux protestants qui ont suivis l' exemple de Calvin. Parmi les catholiques se trouvent les éminents César Boronio, Tomas Bocio, Belarmino et Melchior Cano. Pour notre part, sans intervenir dans une discussion qui n' intéresse pas notre problème, nous nous limiterons à souligner le fait que le premier concile du christianisme trinitaire hispano dégage un indubitable parfum d' hérésie. Il apparaît alors dans la grande famille de fidèles du Christ, un équivoque qui ira en s' augmentant avec le cours du temps.

Le roi Récarède parlant aux eveques durant le III ème Concile de Tolède en 589

L' abjuration de Récarède

L' âge des théocraties

Au cours du IV ème siècle, l' attitude défensive qui se manifestait des actes du Concile d' Elvira, se modifie, le christianisme hispano atteint l' âge adulte, même si son nombre de fidèles a du se réduire selon ce qui émane de ce que l'on sait de son histoire et de son évolution. La même chose se passait dans les autres provinces de l' Empire, mais comme ici, en Espagne, ou ailleurs, le dynamisme de la minorité chrétienne se distingue de la passivité de la majorité païenne. Ils se sont accoutumés à vivre ensembles et les baptisés perdirent la méfiance, qui les caractérise, envers les païens. Le prosélytisme chrétien a été encouragé par Constantin qui s' est probablement efforcé de chercher le point d' équilibre entre l' antique et le moderne. Comme conséquence de cette politique, il s' établit des relations particulières entre les pouvoirs publics et les autorités religieuses; que l'on a nommé pacte Constantinien.
Tacitement au début et plus tard avec des documents écrits, les deux pouvoirs, politique et religieux, s' accordent à réunir leur forces coercitives et spirituelles pour s' appuyer mutuellement: le religieux avec son autorité morale, renforçait la personne qui représentait l' Etat et sa politique -à condition que celle ci ne nuise pas aux intérêts de l' Eglise-; et d' autre part, l' Etat se compromettait à persécuter avec ses forces armées, tous ceux qui se moquaient des décisions dogmatiques prises par l' autorité religieuse. Durant le Moyen Age, l' application de ce pacte a conduit plusieurs nations vers la constitution d' un Etat théocratique, dont le modèle le plus parfait était celui de Byzance et de Empire. En Espagne, on peut affirmer que la formation d'un Etat théocratique de la part des rois Goths et des évêques a été une constante et une aspiration commune. Ils y sont arrivés avec ses hauts et ses bas tout au long du VI ème et du VII ème siècle, avec les conséquences prévisibles étant donné les circonstances qui existaient dans la nation: la crise révolutionnaire.
Durant le IV ème siècle, les conséquences de cet accord ce manifestaient déjà: la persécution des ariens dans plusieurs lieux de l' Empire, surtout dans les provinces orientales, et en Espagne, la condamnation et le supplice de Priscillien. Ce dernier acte effectué en Allemagne, démontre l' appui qu'ont prêté les pouvoirs publics aux autorités ecclésiastiques à la fin du siècle. Ceci a du favoriser la conversion très souvent apparente des personnes qui choisissent le camp du vainqueur, et l' essor du christianisme ibérique. Mais les défauts gravissimes du système se sont manifestés très rapidement: Euric s' est levé contre le pouvoir. Les autorités romaines qui espéraient se maintenir dans la chancellerie avec l' aide du chrême mystique, furent éliminées. Les Goths qui gouvernaient l' Espagne étaient ariens et le pacte Constantinien se rendait contre-productif.
Durant l' an 400, le premier Concile de Tolède se réunissait. Celui ci a été le plus important de l' époque wisigothe parce que les 19 évêques présents proclamaient le dogme trinitaire et leur adhésion au Concile de Nicée. Comme le pouvoir public et une grande partie de la population étaient unitariens ou favorables à ces idées, les habitants de la péninsule se divisaient en deux camps qui se persécutèrent mutuellement. Sans la compréhension de ce fait et de l' évolution divergente des idées à partir de ce moment là, le développement des événements en Espagne n' aurait pas de sens.

Le triomphe de l' arianisme

L' arianisme fut la religion officielle de l' Etat à partir de l' arrivée au pouvoir des Goths, jusqu' à l' abjuration de Récarède en 589, c' est à dire pendant plus de 100 ans. Les rois wisigoths ont mené une politique qui en termes modernes, sensu lato, se nommerait libéral. Le faible christianisme avait alors de la chance de ne pas être persécuté. Il est aujourd'hui démontré, que Léovigilde, malgré une certaine tradition, ne harcelait pas les chrétiens Trinitaires. Même les juifs purent pratiquer en paix leur religion. Ces faits ont eu pour conséquences l' essor de l' unitarisme en général et de l' arianisme en particulier, et l' affaiblissement des trinitaires. C'est pour cela que Grégoire de Tours (mort en 594) a pu écrire que dans l' Espagne de son temps, les "chrétiens", c' est à dire, ceux d' obédience romaine, étaient en tout petit nombre.
Au cas contraire où ceci ne serait pas vrai, le comportement des chrétiens durant la guerre civile provoquée par la rébellion d' Hérménégilde contre son père Léovigilde, n' aurait pas de sens. Ce dernier, était un monarque arien convaincu, et son fils s' était fait chrétien. D' un point de vue de l' Histoire Classique, on devrait supposer que ce jeune aurait reçu l' appui de ses nouveaux coreligionnaires. Rien de cela n' est arrivé, les trinitaires sont restés autant éloignés du camp du père que du fils, probablement pour ne pas s' engager, du à leur petit nombre, et dans la situation dangereuse dans laquelle ils se seraient placés. "La révolte fut spécialement un conflit de Goths contre Goths, pas de Goths contre des romains." Le comportement des trinitaires est encore plus suspect après l' abjuration de Récarède, avec Isidore de Séville en tête, qui parle de manière défavorable d' Herménégilde. Selon Thompson, "en Espagne, il y eu alors une conspiration du silence sur tout ce qui était relatif à Herménégilde." Il a été donné plusieurs explications à ce fait si étrange, on peut suspecter qu'une posture aussi curieuse était en grande partie due à la situation incommode dans laquelle se trouvait le christianisme Trinitaire. Après la soudaine conversion de Récarède, le four n' était pas encore chaud, et les vainqueurs devaient agir avec prudence. La rébellion d' un chrétien contre son père n' était pas un exemple sur lequel on devait se reposer. Le plus prudent était de manier cette situation avec prudence.

Une autre conversion de tout un peuple en un "claquement de doigts"

Le 8 mai 589, Récarède se réunissait au III ème Concile de Tolède, où se présentèrent 69 évêques, desquels étaient compris les évêques ariens qui avaient abjuré après le roi et les siens. L' arianisme fut condamné. Dans le discours prononcé par le monarque, qui a été reproduit dans les actes, apparaît le premier équivoque, un moment clef pour les événements futurs. La confusion se maintiendra durant 102 ans, dans lesquels les rois Goths trinitaires et les évêques d' Espagne et de Septimanie se sont réunis. Très bien, ce monarque, -ou bien on lui a attribué ces mots-, n' abjurait pas seulement en son propre nom, ce qui était tout son droit, mais aussi au nom de la race Goth: ut tam de eius conversione quam de gentis Gothorum innovatione, ce qui était assez imprudent et suspect. La question vient aux lèvres: les avait il auparavant consulté? Le sens commun suffit pour souligner que si en vérité, Récarède avait prononcé les mots cités, il fallait l' interpréter comme une simple manifestation de piété ou une grosse sottise. Parce qu'on ne fait pas changer de religion à des milliers de personnes sur lesquels le convertit exerce de l' autorité,- quand ces personnes possèdent des pouvoirs civils et militaires-, avec un simple ordre. Cette bêtise fut répétée par les historiens qui ont acceptés ces mots au pied de la lettre. Ainsi, conclurent ils, que la grande majorité, sinon la nation entière, s' était faite chrétienne et Trinitaire comme par un tour de magie. Les différences confessionnelles qui divisaient les habitants de la péninsule s' étaient soudainement effacée!
Si le raisonnement selon lequel les sujets suivent toujours en aveugle les opinions religieuses de ceux qui les gouvernent, est adéquat, ceci aurait du se confirmer antérieurement. Quand les rois étaient ariens, est ce que tous les espagnols se sont convertis à l' arianisme? Nous savons qu'ils ne l' on pas fait. Pour quelle raison un emploi si différent d'un même argument? D'une autre part, l' histoire nous enseigne que dans n'importe quelle relation de temps et d' espace, personne ne peut hypothéquer les pensées intimes des individus et encore moins lorsqu'ils sont cultes et puissants. Henri IV si fit catholique pour des raisons politiques, ses nombreux sujets protestants ne sont pas sentis obligés de faire le même geste.
Ces évidences du sens commun sont innecessaires, les faits postérieurs vont démontrer la fausseté de ce discours ou de sa stupidité. Dans une lettre dirigée à Léandre de Séville, Grégoire le Grand recommandait que, pour se distinguer des ariens - qui effectuaient le baptême en une triple immersion-, les romains devaient en réaliser une seule. La lettre est écrite en 591, c' est à dire, deux ans après le Troisième Concile de Tolède. Pour que le pape intervienne de si loin sur ce sujet, il faut supposer que l' acte de Récarède n' a pas aboli les pratiques ariennes aussi radicalement qu'on l' eu cru.
Les chefs Goths se sont soulevés de toutes parts, et Récarède du guerroyer, la paix ne revint pas dans les terres ibériques. Au moment de mourir, son fils était égorgé par Wittéric, duquel on a dit qu'il tenta de restaurer l' arianisme. Depuis ce moment, l' aristocratie goth avait pris l' habitude de conspirer, tuer ou destituer leur rois, un exercice que ces membres vont reproduire de générations en générations jusqu' à l' épisode final du VIII ème siècle.
Il est évident que l' abjuration de Récarède a du provoquer de nombreuses conversions, il s' est dit que les Goths et les espagnols changeaient de religions comme de chemises. Cependant les historiens ont eu tendance à augmenter l' importance de ces conversions, abusés par le prestige de personnalités épiscopales qui ont enjolivé ces faits, comme Braule de Sarragosse ou Ildéfonse, tout comme Isidore de Séville. Les actes de ces conciles de Tolède comme d' autres, démontrent pourtant la survivance d' une vive compétition religieuse en Espagne. Le Concile de Mérida, célébré en 666 est éloquent en la matière: après une profession de foi plus courte que d' habitude, on termine le credo par les mots suivants: "Si quelqu'un ne croit pas ou ne confesse pas que le Père, le Fils et le Saint Esprit sont un seul Dieu dans la Trinité, qu'il soit frappé d' anathème."  Avec cette formule concise on visait tous les unitariens, qui est aussi une confession que durant ces dates, à la fin du VII ème siècle, il existait des hérétiques dans la nation. Si ce ne serait pas le cas, comme l' ont pensé tant d' historiens, ces déclarations répétées ne se seraient pas produites. 
D' un autre coté, si les arabes ont pu matériellement envahir, conquérir et imposer leur religion aux espagnols, il fallait expliquer de quelle manière ils s' étaient faits musulmans. Pour avoir été détruite, nous n' avons aucune documentation suffisante pour suivre pas à pas l' évolution de ces idées religieuses. Cependant, nous connaissons les deux états, antérieur et postérieur, de cette évolution. La lecture des conciles wisigoths enseigne au lecteur averti l' existence de cette opinion contraire,même si on ignore comment elle s' est développée. Il reste un fait indiscutable: une crise politique et sociale plus grave que les précédentes suffit pour qu'elle se manifeste comme une explosion.

La crise du VII ème siècle

L' Eglise au pouvoir

A partir de 633, date du IV ème Concile de Tolède, pendant que Sisenand de Gothie gouvernait, la situation des trinitaires va changer entièrement. Les évêques deviennent des médiateurs entre le peuple et l' Etat. Ainsi s' exprime le canon III: "tous ceux qui ont quelque chose contre les évêques ou les juges ou les puissants ou autre, viendront au Concile." Qui pouvait être cet "autre" si ce n' était le propre roi? Le texte continue: "n' importe quel abus de qui que ce soit, qui soit découvert dans les investigations conciliaires, sera réparé par les instances de l' exécuteur royal." En un mot, le Concile se convertissait en un tribunal suprême, en une institution plus puissante que le monarque même. Mais la pratique nous a enseigné que les évêques profitaient du pouvoir uniquement quand le roi, comme dans le cas d' Erwig, était un faible pantin, pendant que les clercs étaient soumis quand le monarque était énergique comme Wamba, à qui les évêques n'ont pas pardonné et ont réussi à destituer. Mis à part Witiza, les rois Goths n' ont jamais tenté quelque action contre le dogme trinitaire et les évêques avaient toujours à leur disposition les gendarmes royaux pour persécuter leur ennemis. Avec le cours du temps la symbiose entre les deux pouvoirs se fait toujours plus intime. Déjà, lors du III ème Concile de Tolède, Récarède avait demandé de manière indirecte l' appui des évêques en mettant aussi une autre couche, sur ce qui ne le regardait pas:  "...nous devons nous efforcer de toutes nos forces à mettre de l' ordre dans les coutumes humaines et réfréner la fureur des insolents contre le pouvoir royal..." en montrant l' exemple de l' Empire Byzantin où le processus théocratique était plus avancé.
A partir du VI ème siècle les Conciles de Tolède sont à chaque fois plus politiques, premièrement parce que les évêques nécessitaient de plus en plus de moyens et de forces armées pour imposer leurs idées dans une ambiance de plus en plus hostile, et secondement parce que les rois face à l' instabilité de leur position avaient besoin des évêques pour leur actions spirituelles pour confondre leur ennemis. De là est sorti une série de canons, d' éloges de dispositions édifiantes, que l'on peut gloser dans les actes des Conciles de ce siècle. Les Conciles VI et VII établissent les normes que l'on devait suivre pour élire un nouveau roi. Le sixième détermine strictement qu' il doit être de race goth et de bonnes coutumes: nisi genere Gothus et moribus digus (Canon XVII). Thompson avait démontré que les évêques Goths  constituaient le tiers de l' épiscopat hispanique. Dans ce cas, pour quelle raison, les évêques espagnols majoritaires ont ils soutenus des rois Goths au lieu d' autochtones? Bien sur, cette soumission honteuse avait pour but le maintien de leur privilèges et de leur train de vie.
La collusion entre les rois et les évêques atteint la plus étroite collaboration, les premiers se sont occupés de cas politiques mineurs et des majeurs, comme la destitution de Wamba et la nomination d' Erwig. Pour leur part, les rois se sont occupés de "ceux que l' on sait indifférents à nos dogmes", au détriment des juifs.


Une caste littéralement hors la loi

Il existe chez les écclésiastes une soif de profit démesurée qui les conduits à réaliser des actes délictueux, Ces évêques ont réunis tellement de richesses que leur conservation et leur administration demandaient une législation prolixe qui se répétait dans chaque Conciles. Les plus notables sont les mesures réitérées pour empêcher les prêtres d' un évêché de se jeter sur les biens du défunt, quand l' évêque en exercice mourrait.  Nous ne pouvons pas nous étendre dessus, nous conclurons avec Thompson que "cette incessante législation des Conciles, au long du siècle, nous donne une claire vision de la rapacité et de l' extorsion des évêques."
Dans le XI ème Concile de Tolède, réuni sous le règne de Wamba en 675, on promulgue plusieurs canons édifiants: les prêtres qui violent, assassinent ou commettent d' autres violences sont soumis à la loi ordinaire, et on détermine une série de mesures qui établissaient un traitement spécial aux évêques. Ils n' étaient pas sujet à la loi du Talion s' ils avaient commis un adultère avec la femme d' un grand personnage ou s' ils avaient violé sa fille ou sa petite fille, ou s'ils avaient commis un homicide sur un pèlerin. "rien ne se dit des évêques qui assassineraient des inférieurs ou séduiraient leur femmes."

Une société basée sur l' esclavage

En cette époque, la richesse était territoriale, et pour travailler la terre, on avait besoin d' esclaves. Il existe dans les actes des Conciles, toute une législation sur les esclaves cléricaux. Si on suppose que ce fait était courant en Occident et que le cas de l' Eglise ibérique n' était pas une exception, il est possible que la réalité de cette époque faisait que l' esclavage était une nécessité sociale. Il ne fait pas de doutes que la tache de l' Eglise consistait à libérer le plus rapidement possible les conditions vitales de ces malheureux. Mais dramatiquement, l' église wisigothe avait fait tout le contraire, de telle sorte que Pijper a pu écrire: "l' église wisigothe a crée l' esclavage là où il n'y en avait pas." Ziegler avait tenté de réfuter une si terrible affirmation, mais nous nous contenterons des canons selon lesquels certaines personnes étaient réduites en esclavage pour certains délits: par exemple, les femmes et leur descendances accusées de concubinage avec un clerc. Il est difficile, voire impossible d' estimer le pourcentage de biens territoriaux et des esclaves appartenants à l' Eglise, par rapport à la totalité de la nation. Ceci a du être une cause de grands conflits.

Une Eglise d' illettrés et d' incultes

La confabulation entre les pouvoirs religieux et politique conduisait fatalement l' Eglise vers la stagnation, comme cela arrive à chaque fois dans ce genre de cas. Le prosélytisme du IV ème siècle avait disparu. Le recueillement et la méditation induite par les adversités souffertes durant le V ème siècle étaient un souvenir lointain. L' ignorance, le profit, les vices, les abus et les erreurs étaient nombreuses et constantes, Ceci se lit dans les préambules du XI ème Concile de Tolède qui ne se distinguait précisément pas par la pureté de ses résolutions, quelques 30 ans avant la crise révolutionnaire du VIII ème siècle: "Une fois éteinte la lumière des Conciles, les vices s' étaient non seulement développés, mais ils avaient aussi introduit dans les esprits sans culture, l' ignorance, mère de toutes les erreurs. Nous avons vu, comme le feu allumé de la confusion babylonienne nous éloignait de l' époque des Conciles et impliquait les évêques du Seigneur dans des coutumes de débauchés, ils s'inclinaient aux invitations de la prostituée vêtue de pourpre, parce qu' il n' existait pas de discipline, ni quelqu'un qui puisse corriger ceux qui se trompaient, du fait que la parole divine était bannie, et comme on ne demandait pas aux évêques de se réunir, la vie corrompue augmentait chaque jours." Les évêques accusaient Receswinthe de cette situation pour ne pas les avoir réunis en 24 ans, même si en 666 avait eu lieu le Concile de Mérida. L' histoire nous enseigne que le catholicisme n' a pas eu besoin d' autant de réunions épiscopales pour progresser ou seulement maintenir une stabilité. Après cette date six autres Conciles se sont réunis et les choses se sont empirées au lieu de s' améliorer. 
Une grande partie du clergé vivait dans la plus grande ignorance de leur profession, du culte et des dogmes. Les lamentations sont constantes dans presque tous les Conciles. Le canon XI du Concile de Narbonne, qui eu lieu en 589, exprimait qu' "il ne sera permis a aucun évêque d' ordonner un diacre ou un prêtre qui ne sache pas lire, et à ceux qui ont déjà été ordonnés, obligez les à apprendre, et tel diacre ou prêtre versé dans les lettres qui retarderait à lire.....qu'on lui enlève sa paie....", etc. Le canon VIII du VIII ème Concile de Tolède insiste que "certains des responsables des offices divins étaient d'une ignorance si crasse...qu'ils n' étaient pas convenablement instruits des ordres qu'ils devait pratiquer chaque jours." Et détermine qu' "il ne recevra aucun grade d' aucune dignité ecclésiaste sans qu'il sache parfaitement tout le psautier, les hymnes et la manière de faire le baptême." Durant le XI ème Concile de Tolède, se sont maintenant les évêques qui ignorent leur profession: "l' intelligence de certains évêques néglige de telle manière l' étude avec une paresse oisive, que comme un prédicateur muet, il ne sait pas quoi dire à son troupeau au sujet de la doctrine." (Canon II). En 693, lors d'un date si tardive, il existait des prêtres qui donnaient la communion avec des bouts de pain qu'ils sortaient apparemment de leur dispenses. Il y avait des abus plus graves: le II ème canon du III ème Concile de Braga, célébré en 675, on interdit que les verres consacrés au Seigneur soient dédiés à un usage profane. Le IV ème canon du XVII ème Concile de Tolède, réitère cette condamnation, mais cette fois ci il s' agit d' évêques qui en plus abusaient de tous les objets saints de l' autel et des ornements de l' église, qui étaient pris et utilisés de manière privative.

La Nouvelle Sodome et Gomorrhe

La conséquence biologique de la prohibition de n' importe quel commerce avec des femmes était très bien connu: ceux qui pouvaient, par leur position ou leur génie et tempérament, se moquer des rigueurs conciliaires, comme le démontrent certains cas décrits dans les actes. D' autres, timorés ou par constitution physiologique, glissaient vers l' homosexualité. Le canon III du XVI ème Concile de Tolède, célébré en 693, s' exprime en ces termes: "...parce que cette funeste pratique et le vice du péché sodomite parait avoir infecté à beaucoup d' entre nous, pour extirper la coutume de cette pratique honteuse....tous d' un accord, nous sanctionnons tous ceux apparaissent exécuteurs de cette action si criminelle, et tous ceux qui se trouveraient mélangés dans cette bêtise, et oeuvrants contre la nature, si certains seraient évêques, prêtre ou diacre, ils seront condamnés à l' exil perpétuel; et si on trouverait d'autres personnes de n' importe quel ordre et grade, impliquées dans des crimes si horribles, seront corrigés de 100 coups de fouets et le crâne rasé, avant un exil perpétuel....
Quelques lignes avant, les évêques avaient annoncés quelques mots qui plus tard paraîtront à beaucoup comme une prophétie: "....l' atroce et détestable crime des temps passés a livré les peuples sodomites a être brûlés par le feu venu du ciel; de la même manière le feu de l' éternelle condamnation consumera les hommes qui se livrent à de tels immondices." La lecture de ce texte ou peut être d'un autre a sans doute influé Saint Boniface a écrire dans une lettre (746-7) au roi Ethelred 1er de Mercie, que la chute des rois Goths était due à ses pratiques homosexuelles. Ainsi beaucoup ont vu dans les événements du VIII ème siècle, une répétition de la destruction de Sodome et Gomorre.



De l' influence du paganisme aux messes noires

Une telle situation d' ignorance et de triomphalisme conduisait le clergé vers une condition encore plus dégradante: celle de la superstition avec des conséquences graves, "pour être très enraciné dans presque toute l' Espagne et la Gaule, le sacrilège de l' idolâtrie...", nous averti le canon XVI du III Concile de Tolède. Mais au lieu d' atténuer ces coutumes lointaines par le labeur de l' Eglise, avec le cours du temps, ce sont les manies idolâtres qui contaminent les prêtres et les évêques. "Nous avons appris que certains prêtres, s'ils tombent malades, accusent les serfs de leur églises disant que certains d' entre eux ont usés de maléfices contre lui, et le font souffrir.."(Canon XV, Concile de Mérida, 666). La superstition touchait aussi les évêques. Le V ème canon du XVII ème Concile de Tolède, célébré en 694, c' est à dire quelques années avant la crise révolutionnaire du VIII ème siècle nous enseigne la grave situation dans laquelle se trouvait l' Eglise à cette époque, les évêques célébraient des espèces de messes noires: "...Beaucoup d' évêques qui devaient être prédicateurs de la vérité et dont la bouche devait enseigner la loi de la vérité aux masses populaires..., arrivent à célébrer avec une fausse intention la messe destinée au repos des morts pour qu' ils revivent, pas pour une autre raison, mais celle pour laquelle a été offert un tel sacrifice commis dans une transe de mort et de perdition par l' efficacité de la même sacro-sainte oblation..."

Que dire de tous cela? Si les pasteurs étaient ainsi, comment était donc le troupeau? Les historiens qui n'ont pas eu comme nous la chance d' avoir un accès facile aux textes conciliaires, ont été impressionnés par la bonté et la sainteté d' un Valère du Bierzo ou par la taille intellectuelle d' un Isidore de Séville. Mais les travaux de quelques uns ne peuvent dissimuler la réalité: l' ambiance populaire opposée à la minorité trinitaire allait devenir explosive.

A suivre....

Ce texte est une traduction partielle du livre de l' historien espagnol Ignacio Olague, "Los arabes no invadieron a España."

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