Les arabes ont ils vraiment conquis l' Espagne? 7ème partie


Le christianisme Unitarien dans l' Espagne de la fin de l' Antiquité et du Haut Moyen Age. 

La gnose

Depuis le commencement de notre histoire écrite jusqu' à nos jours, la pensée humaine a oscillé constamment entre deux pôles: la création mystique qui satisfait les nécessités d' expansions sentimentales et religieuses que ressent l' humanité, à ses heures, et l' usage de la raison. Le premier principe a produit les religions irrationnelles; le second a crée les concepts mathématiques et les connaissances scientifiques. L' évolution des cultures et des civilisations ne s'est pas développée depuis la préhistoire jusqu' à l' ère nucléaire en accord avec ce schéma abstrait, par oeuvre duquel les conceptions irrationnelles étaient lentement diminuées, corrodées par la pensée critique pour perdre de son importance, au début très grande, au profit de la raison et atteindre ainsi l' épanouissement de la pensée scientifique. Comme tous les phénomènes de la nature, qu'ils soient physiques, biologiques ou intellectuels, ce long chemin de la pensée s' est réalisé en accord avec des oscillations multiples entre les deux pôles, produisant de nombreuses situations intermédiaires.
L' histoire du Haut Moyen Age dans la péninsule Ibérique nous enseigne l' existence de mouvements pendulaires. De manière parallèle à la propagation du christianisme et de ses hérésies, une vague irrationnelle à caractère extrême est tombée sur le pays, elle aussi venue d' Orient: la gnose. Ce mouvement fut contenu et atténué par une action rationnelle désinvolte: le priscillianisme, consolidé des années plus tard par l' arianisme, qui a réussi à être la religion officielle durant plus de 100 ans. Cette opposition mutuelle entre ces concepts contraires a produit un équilibre, elle a favorisé la formation du syncrétisme musulman, où le surnaturel est réduit à sa plus minime expression.
Dans sa première acception, en accord avec l' étymologie de ce mot, la gnose est la connaissance par excellence, et durant les premiers siècles de l' ère chrétienne cette conception strictement philosophique  va se déformer. Ceci dégénère, non pas en une religion comme on l' a cru pendant longtemps, mais en un vaste mouvement d' idées qui étaient à la mode parce qu'elles permettaient le surpassement du polythéisme infantile. Les fidèles à la gnose savaient, non pas par l' exercice de la raison, mais par la révélation de secrets transmis de maîtres à disciples. Pour cela, selon Saint Jean Chrysostome, ces initiés se nommaient "gnostiques", parce qu'ils prétendaient savoir plus que les autres. Il étaient en possession de concepts et de formules, reçus par une tradition d' école qui remontait aux anciennes croyances des prêtres d' Isis ou aux enseignements des mages de Chaldée; le tout enrichi d' apports  de quelques élus qui avaient été en contact avec des forces surnaturelles. En deux mots, le gnose résultait être le produit d' anciennes traditions mélangées avec des révélations modernes, une étrange sauce avec les angoisses apocalyptiques de cette époque.
Les gnostiques étaient immanentistes sur le thème de la création. Dualistes, ils attribuaient l' existence du mal aux imperfections du démiurge qui avait crée le monde temporel, ainsi, ils rejetaient la Trinité. Ils en savaient tellement sur la personnalité divine, que les partisans de Valentino précisaient que la création, pour l' existence du mal, était une tache sur le vêtement porté par Dieu. Peut on déduire que certains acceptaient la conception plus ou moins monothéiste de la divinité? Il est difficile de répondre à cette question, parce qu'en général la gnose débouchait sur un panthéisme intellectuel. La philosophie néo-platonicienne d' Alexandrie s' est imposée de toute évidence sur la gnose égyptienne, pendant que la syrienne dépendait bien plus des conceptions iraniennes, dont la tradition avait été troublée par le manichéisme.
La gnose égyptienne possédait un style qui pour son caractère pieu et ascétique, était proche du christianisme primitif. En 1946, on a découvert dans le village de Khenoboskion, dans la Haute Egypte, une bibliothèque gnostique composée par des livres inconnus, même si certains titres étaient connus. Ils démontraient que la secte propriétaire de la bibliothèque était dominée par une symbiose extraordinaire: la tradition magique avec la personne du Christ. Le fabuleux et la poésie y sont plus développés dans ces apocryphes que dans les Evangiles synoptiques.
Les origines de la gnose en Espagne sont obscurs, mais on peut assurer avec certitude que ses germes s' y sont dispersés avec les premières vagues de population d' Orient. Par ce que attestent l' archéologie des III ème et IV ème siècles, qui n' implique pas la possibilité que cela ai été plus vigoureux ailleurs - nous l' ignorons-, la gnose avait une grande importance dans la partie occidentale de la péninsule. Les évêque réunis on Concile d' Elvira ne la mentionne pas, cependant le premier Concile de Sarragosse avait condamné "plusieurs de ses membres." Avec des textes postérieurs, on peut déduire que durant le V ème et VI ème siècle, le gnosticisme et ses variantes dominaient le nord ouest du pays. La confusion sur ces concepts était largement de mise, la majeure partie de la population et ses dirigeants religieux, ici en Espagne et ailleurs, n' étaient pas assez cultivés pour percevoir tant de subtilités. Durant la célébration du premier Concile de Tolède, en 400, Patruino, évêque de Mérida, prononçait le discours d' ouverture avec l' exhortation suivante: Quoniam singtdi coepimus in ecclesiis nostris Jacere diversa, quae usque scisma perveniunt, "parce que chacun d' entre nous avons commencé à agir de manières différentes dans nos églises, et de là est l' origine des scandales qui rayent les vrais chrismes...Après ses demandes, le Concile condamnait les propositions anti-trinitaires et panthéistes qui composaient le dénominateur commun de divers mouvements d' opinion qui se sont diffusés dans la péninsule. Quand on y souligne la malfaisance du mariage à cause de ses relations sexuelles ou quand on s' oppose au végétarianisme, c' est bien le gnosticisme qui est visé.

Eglise de Sainte Marie Quintanilla de las Viñas

Archéologie gnostique

En agrandissant cette photo on peut apercevoir les frises gravés sur les murs extérieurs de l' "église"

Eglise de Sainte Marie Quintanilla de la Viñas

Pour sa datation tardive, pour ses dimensions et pour sa valeur artistique, se distingue un témoin archéologique du gnosticisme. Il s' agit d' un ermitage situé vers Burgos, nommé Sainte Marie de Quintanilla de las Viñas, qui donne son nom à un village proche. Il se nomme ainsi pour le grand nombre de grappes de raisins qui décore le lieu. Ses bas reliefs ont émerveillés et étonnés tous ses visiteurs. La plupart des auteurs datent sa construction au VII ème siècle. Les archéologues se sont efforcés de déchiffrer les nombreuses énigmes qui s' y présentent, surtout ceux qui se dégagent de son épigraphie. Malgré le fait que tout le monde ai reconnu son étrange configuration, personne n' a osé confesser qu`elle n' appartenait pas à l' orthodoxie Trinitaire, mis à part le hollandais L.H. Grondijs, qui a été intrigué par les signes astrologiques taillés et affirmait qu'il s' agissait d'un temple manichéen. Nous avons des preuves suffisantes pour démontrer que cette chapelle a été construite par une secte dont les similitudes avec la gnose égyptienne nous paraissent indiscutables. Nous avons été aidé dans nos recherches par la découverte des manuscrits de Khenoboskion. La lecture des textes publiés et les premières études faites à ce sujet nous ont aidé à comprendre les symboles représentés à Quintanilla.


Construite par une dame, Doña Flammola - on connaît le grand rôle qu'ont joué les femmes dans les sectes gnostiques-, d' importants bas reliefs taillés avec goût et habilité, décorent le monument. Il faut le reconnaître: son interprétation qui a intrigué tous les visiteurs était impossible jusqu' à nos jours, ce qui explique la perplexité des érudits. Non seulement, nos connaissances incomplètes sur la gnose égyptienne rendaient les motifs décrits sur la pierre comme indéchiffrables, mais il était aussi nécessaire d' enlever le voile que le complexe Trinitaire avait laissé sur cette extraordinaire oeuvre d' art. En deux mots, il était nécessaire de comprendre que les symboles qui apparaissent sur les murs de Quintanilla n' étaient pas chrétiens. Ainsi, il fallait admettre un critère opposé à celui qui avait été maintenu jusqu' à maintenant par l' Histoire Classique. Celle ci avait baptisé comme chrétien tous les édifices religieux du Haut Moyen Age qui étaient connus en Occident, impliquant ceux dont la tradition Trinitaire est évidente, et ceux qui ont une origine païenne, et ceux qui ont été employés par des sectes les plus diverses.


Ainsi s' exprime l' historien allemand Hauttman à ce sujet: "Un grand nombre de thèmes décoratifs de la Basse Antiquité qui étaient employés sans leur donner aucune signification, ont acquis alors une valeur symbolique: sous la figure du poisson se cachait le Christ, la colombe symbolisait pour le chrétien l' âme qui vit dans la paix éternelle, la paon, l' incorruptibilité, la vigne faisait allusion à la "vraie vigne"; fleurs et jardins représentaient  le paradis éternel."
Cette interprétation traditionnelle est considérablement confuse; le poisson est bien un authentique symbole chrétien, mais la colombe que les trinitaires ont utilisés l' a aussi été par les hérétiques, qui ont transférés le concept aux hispano-musulmans. Ceux ci l' ont assimilé autant dans les oeuvres littéraires que dans l' art sculptural. La même chose pour le paon dont les manifestations sont plus importantes dans les oeuvres non chrétiennes que dans celles des trinitaires, dont la zone de représentation va de l' Iran jusqu' en Andalousie. Pourquoi convertir la vigne en un symbole chrétien? Les grappes et les raisins appartiennent à l' art décoratif hellénique et byzantin, et leur emploi s' est maintenu au moins jusqu' à l' art hispano-musulman. N' est ce pas un abus que de réduire à une pensée religieuse déterminée, un symbole qui a été utilisé par tout le monde et avec de différentes acceptions?
Quoi qu'il en soit, les gnostiques ont fréquemment utilisés le symbole de la vigne dans leur textes et leur iconographie, qui apparaît avec exubérance à Quintanilla? Pourquoi cette profusion?


Les livres de Khenoboskion nous éclaircissent sur ces questions, ils nous permettent de comprendre avec une certaine approximation la signification de ces énigmatiques bas reliefs. Dans l' un de ces traités anonymes et sans titre, désigné par Doresse sous le numéro 40, on décrit l' histoire de la création. Entre autres choses, on peut lire le texte suivant: Rapidement apparaît Eros...d' une beauté extrême il fit que les Dieux et les anges soient sous son charme, et devint plus puissant que n' importe quelle créature du Chaos. Il portait les prémices de la volupté et de l' union charnelle....en même temps, du sang renversé sur la terre naissait la vigne, ensuite ont surgis d' autres arbres. Alors la Justice, un des pouvoirs de Sabaoth, créa le paradis à l' écart des cycles de la lune et du soleil, une terre de délices. Là bas se trouve l' arbre de vie, qui rendra les Justes immortels, qui sortiront des ténèbres et monteront au ciel. Ses belles ramifications , semblables à celles des cyprès, se combinent avec des grappes de raisin blanc.
Ce processus de la création est décrit sur les pierres de Quintanilla. Les murs extérieurs de la chapelle sont recouverts de trois frises qui répètent les mêmes thèmes décoratifs. Dans des cercles entrelacés les uns aux autres, en forme de médailles, surgissent des représentations d' espèces animales et végétales, lesquels ont apparemment pour objet de réveiller l' image du Paradis terrestre dans l' esprit du croyant. Avec des fleurs et des grappes se dresse l' arbre de vie, l' hom, qui apparaîtra pus tard dans l' art hispano-arabe et dans les chapiteaux romans du XI ème siècle, comme à Santo Domingo de Silos, inspirés de l' art wisigoth. Une collection d' oiseaux se manifeste ensuite, entremêlés avec des plantes diverses: des autruches avec leur très hautes pattes et leur long plumage, des aigles qui se distinguent par leur bec courbés et leur terribles serres, des perdrix rondouillardes...Dans des médaillons spéciaux, se manifestent des quadrupèdes variés: des taureaux aux cornes qui pointent vers le ciel, des chevaux, des ânes, des chiens, en vérité des espèces difficiles à déterminer. Par ci, par là des lettres mystérieuses qui forment des combinaisons au style wisigoth, comme celles du trésor de Guarrazar, selon les observation d' Elie Lambert, qui ont été l' objet de nombreuses interprétations.


Nous nous trouvons, s'il l' on ne se trompe pas, face à des allégories gnostiques. Le principe selon lequel la nature divine participe dans la constitution des pierres, des plantes et des animaux, principe exalté par les théories théosophiques, connu en Espagne depuis des dates très antérieures. Trois siècles avant la construction de cette chapelle, dans son Apologeticus, Priscilien s' opposait à cette conception: "Anatema ait qui legens grifos, aquilas, asinos, elefantos, serpentes et bestias supervacuas conf usibilis observarztiae vanitae captivus velut mysterium divinae religionis adstruxerit...anathème à celui qui étudie les griffons, les aigles, les ânes, les éléphants, les serpents et les animaux imaginaires, atteint par la stupidité d' un culte insensé,qu'il conçoit comme un mystère de la religion divine." Quelques lignes avant, dans ce texte, le grand penseur se défendait de l' accusation qui lui avait été faite, celle qui le mènera à l' échafaud, selon laquelle il était un maleficus, un mage, un enchanteur. Parce qu' il avait été accusé de consacrer les fruits de la terre à la lune et au soleil au moyen de formules d' incantation adéquates, ce qui n'implique pas qu'il aurait été très bien renseigné sur la gnose égyptienne. Il savait que pour certains de ses adeptes c' était la divinité duelle, composée du principe féminin et un autre, masculin, qui sont l' origine de toutes choses. "Illis enirn, sicut ab infelicibus dicitur, masculofemina putetur deus.... Pour eux en effet, comme ils le chantent pauvres gens, Dieu est conçu comme masculin et féminin." Maintenant que nous avons la clef qui nous permettra de connaître le secret de Quintanilla, nous pénétrons dans la chapelle, à l' intérieur, pour constater que l' on y vénérait les deux principes qui gouvernaient le monde: la lune et le soleil.



En entrant, il nous apparaît l' arc principal en fer à cheval, merveilleusement décoré d' oiseaux et de grappes de raisins similaires à ceux qui décorent les murs extérieurs, soutenue par deux colonnes. Dans chacune d' entre elles, deux pierres rectangulaires , sur lesquelles reposent les deux extrêmes de l' arc. Elles ont été sculptées en donnant sur la nef, et composent deux bas-reliefs admirables dans leur 
ingénuité, avec une caractéristique de l' art hellénique qui continuera à être employée en Espagne jusqu' au XVI ème siècle: deux anges soutenants un médaillon. Ce thème se répète dans les deux bas reliefs, représentés avec des personnages différents. Les envoyés célestes ne sont pas en adoration face à l' image représentée en médaillon. Avec leur grandes ailes ouvertes, comme s'ils descendaient du ciel, ils tiennent dans leurs mains l' effigie hiératique pour l' apporter sur terre.

La Lune

Sur la pierre de gauche, partiellement cassée, on distingue un visage féminin. Sur sa tête, elle porte la couronne lunaire. Pour qu'il ne puisse y avoir aucun doute dans l' esprit du croyant, des lettres sont sculptées, formant le mot lune, dans l' emblème. Le médaillon de droite se conserve entier, et encadre le visage élargi d' un homme garni de boucles, et la tête couronnée par neuf rayons solaires. Il apparaît le mot soleil en tout netteté, identifiant le personnage.
Dans une chapelle qui possède les traces d' une église chrétienne, se dressent dans les parties les plus visibles, pour que les fidèles ne puissent pas ne pas les voir.....les images de la lune et du soleil!
Nous sommes en présence des deux principes masculin et féminin, qui caractérisent la gnose égyptienne. Nous savons aujourd' hui que le culte du soleil et de la lune ont subis durant l' Antiquité des transpositions successives jusqu' à ce que la gnose et d' autres sectes lui donnent une portée religieuse, et parfois philosophique. Ce principe astrologique est omniprésent dans l' Antiquité, les égyptiens vénéraient Ra, et sans doutes à cause de la présence populaire de la religion Sol Invictus dans leur société, les empereurs romains se faisaient dépeindre avec cet attribut pour refléter leur divinité et affermir leur autorité. Les monnaies romaines du temps de Constantin portent sur le revers, Soli invicto comiti, invocation au dieu solaire, dieu de l' armée et de l' empereur, de Claude II le Gothique à Aurélien. Selon Macrobe, le culte solaire se maintenait vigoureux chez les gaditans du V ème siècle et selon l' historien Jean Doresse: "toutes les religions païennes du Moyen Orient et de la Méditerranée ont accommodé leur croyances sur les grands mythes de l' astrologie, formellement admise comme s'il s' agissait d' une science, selon laquelle l' Homme se trouve depuis sa naissance jusqu' à sa mort, enchaîné à la fatalité."  Cette influence à aussi touché le christianisme où Marie et Jésus représentent les attributs féminins et masculins, et où le Christ est lui même auréolé de rayons solaires.

Le Soleil

Eglise de Baouit

Vignes, feuilles et fruits, sur cette arche de l' "église" de Baouit

Il existe en Egypte, à Baouit, sur le bord occidental du Nil, les ruines d' une église que l' on date entre le V ème et VI ème siècle. Une expédition menée par Chassinat Klebat en 1901 rapporta au musée du Louvre de nombreuses pièces dont la décoration ressemble de manière surprenante avec celle de Quintanilla de las Viñas. Avec cette différence: d' un point de vue artistique le monument égyptien appartient à un style hellénique décadent, et peu clair, tandis que les motifs de la chapelle castillane, d' une simplicité ingénue, dont héritera l' art roman. Comme à Quintanilla, l' église de Baouit conserve des frises décorées de volutes aux fleurs hellénique ou ornées de fleurs et de grappes qui suggèrent aussi l' allégorie du Paradis terrestre. Le Louvre expose un bas relief de cette église aussi extraordinaire que ceux décrits précédemment. Il s' agit d' une pierre (un mètre de large pour une auteur approximative de 40cm) où est sculpté la tête d'une femme formant un thème similaires à Quintanilla. Elle est aussi encadrée par un médaillon, mais elle n' est pas soutenue par deux anges vêtus de leurs longues tuniques, mais de deux génies, nus et rondelets, l' un masculin, l' autre féminine. La poitrine volumineuse de la figure principale, les organes sexuels des deux génies et la décoration générale dont le caractère païen se traduit de manière trop évidente pour que l' on puisse l' attribuer à une personnalité chrétienne, et rappellent bien plus les divinités orientales baroques de l' Inde ou au delà.
Mais il est légitime de douter sur les similarités de la figure égyptienne avec la gnose, la filiation gnostique des représentations de Quintanilla nous parait plus surs. La seule présence de la femme portant la couronne lunaire pourrait suggérer une appartenance à une secte religieuse distincte de la gnose, quoique apparentée comme cela arrive avec le manichéisme. Les auteurs de l' Ecole de Cordoue (IX ème siècle) connaissaient parfaitement la doctrine gnostique...Alvaro de Cordoue avait nommé "manichéen" Félix, le fils du juge Graciano. S' agissait il d' une affirmation exacte ou d' une injure? Difficile à déterminer.

Exemple d' art copte très ressemblant avec la générosité et la sensualité du baroque indien

Le soleil converti en principe générateur de vie, se dégage de toute mythologie païenne antérieure, et autant avec l' unitarisme qu' avec les trinitaires. Tout ceci est une longue ascendance. Pour Saint Jean comme pour les gnostiques, Dieu est la lumière. Ce critère s' est maintenu de manière plus ou moins inconsciente durant tout le Moyen Age et certaines de ses manifestations se sont conservées dans des traditions locales. Et pour les partisans de l' unitarisme, au VIII ème siècle, la conception d' un médiateur Sauveur-Jésus s' était dissipé. Pour se faire une idée concrète, le soleil est lui même réduit à sa plus petite expression, à la représentation d' une étoile qui sera le signe d' affiliation des anti-trinitaires. Le soleil-Sauveur-lumière se transfigure en symbole de l' unitarisme: un seul Dieu qui resplendi de toute sa puissance.


La poussée rationnelle du priscillianisme

Priscillien n' était pas gnostique

Au IV ème siècle, après les obscurs débats qui générés la conception Trinitaire de la divinité, deux hommes se distinguent pour leur génie et leurs prédications: Arius en Orient et Priscillien en Espagne. Comme leurs idées ont largement été répandues, ils ont accéléré le processus de division des monothéistes, favorisants avec leur rationalisme, la diffusion de l' unitarisme en détriment de l' irrationnelle Trinité. A la longue, leur enseignements conduiront vers le syncrétisme musulman.
L 'évolution de ces idées résulte bien plus compliquée en Orient qu' en Occident, car dans les provinces asiatiques de Byzance, l' arianisme se trouvait concurrencé par deux autres mouvements parallèles et puissants: le nestorianisme et le monophysisme. Ces trois mouvements se distinguaient d'une foule d' autres mouvements secondaires. Du fait de cette profonde agitation des idées religieuses, qui possèdent un point commun, l' anti-trinitarisme, a produit une énorme confusion que les historiens n' ont pu distinguer les liens qui ont conduit au syncrétisme musulman. En Espagne, le problème se montre plus simple. Contrairement à l' Orient, seuls deux principes hétérodoxes se distinguent clairement des autres qui ont eu peu de retentissement: le priscillianisme et l' arianisme.
Avec la découverte des écrits de Priscillien en 1885 dans la bibliothèque de l' Université de Wurtzsbourg, par George Schepps, il fallait s' incliner devant l' évidence: Priscillien n' était pas un gnostique comme on l' a cru pendant longtemps. Il connaissait très bien les enseignements de cette secte, par sa nature curieuse et éclectique, il aimait connaître tout ce qui était en relation avec la religion. Avant la découverte de ses oeuvres, noyés dans la confusion qui avait obscurci une meilleure compréhension de la gnose, les historiens avaient acceptés les critères des autorités religieuses qui l' avaient condamné. Priscillien était gnostique parce que les autorités religieuses l' avaient estimé ainsi, sans se demander si les gnostique seraient de la même opinion. Les déclarations que l' on trouve dans ses écrits selon lesquelles il anathématisait les principes gnostiques, ne devaient pas être prises en compte. C' était le fruit de la duplicité!
Comment peut on admettre un tel argument comme fondement de méthode historique? Pour suspecter de la duplicité de l' hérétique, quelques auteurs se sont retranchés derrière l' argument surprenant qu'il aurait menti pour sauver son serment fait à la secte, quand y il est entré. Pourtant nous savons par de multiples témoignages, confirmés par la lecture des livres de Khenoboskion, que bien avant le IV ème siècle, les secrets gnostiques avaient été divulgués et popularisés. Ces enseignements étaient donc à la portée de n' importe quelle personne désireuse de s' informer. En résumé, il suffisait de connaître la pensée de Priscillien en lisant ses écrits de manière impartiale...et avec de la jugeote.

Les idées priscilliennes

En ce qui concerne l' évolution des idées en Espagne, deux points de sa doctrine nous intéressent: sa conception atténuée de la Sainte Trinité, à la saveur sabellienne; et son rationalisme chrétien qui  l' apparente aux temps modernes et qui le situe à une lieue de tout dogmatisme exagéré, par conséquent du gnostique. 
Priscillien n' avait pas établi une doctrine fixe et précisait qu' elle devait s' étudier et débattue. Comme l' ont averti plusieurs auteurs, entre autres Melendez y Pelayo et le père Villada, on peut lire ses écrits sans rencontrer une proposition qui soit contraire à la doctrine catholique. Pour cela, il n' apparaît pas dans l' histoire comme un véritable hérétique. En son temps, des hommes honnêtes et éclairés l' ont défendu, comme Ernest Charles Babut de nos jours. Mais alors pour quelle raison cette clameur cléricale à cette époque? Mis à part une raison très concrète que nous allons mentionner, Priscillien était un homme culte, très intelligent et indépendant; de là la haine des évêques, ses collègues et compatriotes, qui ne brillaient pas par ces qualités. Ceci lui permettait d' interpréter les critères des conceptions chrétiennes en toute liberté, avec la même désinvolture que les gnostiques. Peut être trop compromis dans ses débats, Priscillien résolvait d' une pirouette le fond du problème. Pour ne pas se casser la figure, il fallait avoir un esprit si libre qu' il ne refusait pas employer le raisonnement, en ce sens il était bien au dessus de ses contemporains. Mais sa pensée se trouve aux antipodes de la gnose, irrationnelle par définition. Mais alors, pour quelle raison les autorités religieuses de son époque l' ont considéré comme un gnostique? Selon notre savoir et notre compréhension, parce qu'il enseignait que l' on ne devait pas se réduire uniquement à la littérature chrétienne officielle, dans leur usage dans l' Ancien Testament et dans le Nouveau Testament, tels qu'ils étaient alors sélectionnés. Selon lui, des auteurs antiques méritaient autant d' être admis pour être inclus dans les collections canoniques. Parmi eux, Priscillien signalait des livres apocryphes appréciés par les gnostiques. En d' autres mots, s' il fallait accepter la tradition, il fallait l' accepter d' un bloc et ne pas réaliser de sélection dans cette tradition.

L' élimination lucrative d' un allergique aux dogmes

L' historien doit situer cette question à l' époque même où elle était posée, au IV ème siècle, à un moment où le dogme était encore en gestation. Plusieurs textes divers étaient en compétition, dont les partisans considéraient être comme sacrés. De la survie de ces textes, et de l' oubli des autres, dépendait l' avenir du christianisme tel que nous le connaissons aujourd' hui. Il ne faut pas oublier que Jérôme de Stridon a commencé la traduction en latin de l' Ancien et du Nouveau Testament après le supplice de Priscillien. Le rapport de ce dernier, en défense de livres qui avaient été rejetés ou qui provoquaient la suspicion, avait levé une vague de débats, que n' ont pas appréciés certaines personnalités. Le pape Damase 1er et Saint Ambroise à Milan, n' ont pas acceptés de le recevoir quand l' hérétique espagnol avait entreprit un voyage en Italie pour se défendre de son accusation d' être gnostique.
Par la pression des autorités religieuses, l' Empereur le fit décapiter prenant pour prétexte le jugement du tribunal qui affirmait sa condition de mage, qualificatif qui démontre la qualité morale de ses persécuteurs. Sulpice Sévère nous renseigne sur les raisons particulières qui avaient motivés l' autocrate. Les partisans de Priscillien étaient des gens riches, et Maximien Hercule souffrait de rétrécissements douloureux dans son budget. Il trouva donc qu' il était bien pratique de persécuter ces hérétiques, desquels selon la loi, il recevrait les héritages en bénéfice. Et en même temps, il se consacrait avec Rome, en faisant d' une pierre, deux coups. Il y avait cependant une difficulté juridique....une mesquinerie. En quoi se fonder pour l' accuser? On ne pouvait trouver aucune proposition coupable dans ses écrits, comme cela avait été le cas d' Arius à Nicée. Sa pensée ne se prêtait pas à de telles sentences en bloc. Il se débarrassèrent de lui parce qu'il pratiquait la magie, et lui et certains de ses disciples furent décapités en 385.

Un martyr cache souvent une foule derrière lui

Cet assassinat avait causé de l' indignation et pour s' opposer à la vague de protestations, le premier Concile de Tolède s' était réuni en 397 ou 400, dans le but de condamner les idées de Priscillien. Ses partisans étaient si nombreux que cela n' avait aucun sens de l' accuser de sorcellerie, et on mis sur son dos de mort, toutes les hérésies connues depuis la fondation du christianisme, et comme si ce n' était pas suffisant on lui prêta des activités extrareligieuses comme l' astrologie, qui était alors toujours considéré comme une science, ou bien l' accusa de vegétarianisme. Ils reniaient une secte qui avait puissamment abouti au martyr de plusieurs évêques et prêtres. Mais un héroïque évêque, un certain Herenas, se leva dans l' assemblée et eu l' audace de proclamer l' innocence de Priscillien et provoqua un scandale en accusant ses ennemis évêques. Herenas avait probablement dit la vérité au sujet du comportement des évêques ennemis du martyr. Mais le jugement de Martin de Tours, mort en 397, avait une portée encore plus grande, on démontrait que l' Eglise suivait ce que l' on nommait le pacte Constantinien: l' ingérence du pouvoir public dans les discussions théologiques, en les résolvant parfois avec l' épée, ce qui sera à la longue une intervention néfaste pour l' Eglise.
Quoi qu'il en soit, il est légitime de conclure qu' à la fin du IV ème siècle, il existait en Espagne une effervescence d' idées religieuse, qu'on ne pouvait trouver ailleurs en Occident. Une effervescence appuyée par une littérature hétérodoxe maintenant disparue, et pour cela ignorée des historiens. Ainsi s' explique qu' après la mort du martyr, le priscillianisme a connu une impulsion considérable, de telle sorte que de nombreuses sectes s' en sont ramifiées, dont on en sait par la lecture des Conciles postérieurs. Considérées en un tout, il faut souligner qu' elles se sont maintenues jusqu' à la fin du VII ème siècle. Son importance fut ses action consciente ou inconsciente qui s' est ajoutée à l' ambiance antitrinitaire qui évolua durant cette époque pour déboucher au IX ème siècle sur le syncrétisme musulman.

Ainsi, avant l' apparition d' autres hérésies, sous l' apparence du schisme priscillianiste, avec des ramifications plus ou moins gnostiques, et avec une grande partie de la population qui restait une masse païenne; une majorité était contre les évêques qui maintenaient leur autorité grâce à l' aide d' un Etat sur le point de s' effondrer, plutôt que de s' opposer aux rois Goths qui allaient succéder au pouvoir. D' un seul coup, ces protégés se retrouvaient désemparés, pour ainsi dire, à la rue. Avec l' approche historique, on atteignait alors le vrai sens des actes du Premier Concile de Tolède: il s' agissait d' une déclaration de guerre contre les adversaires dogmatiques. Ceci eu pour conséquence une anémie constante du christianisme qui dura plus de 100 ans, jusqu ' à l' abjuration de Récarède, si l'on s' en tient uniquement à la vérité officielle. De cette manière, le christianisme n' a pas triomphé en Espagne comme cela a pu être le cas ailleurs en Occident. Par la présence de terribles ennemis, commençait une rivalité terrible qui se prolongea tout au long du Moyen Age, et opposant deux conceptions du monothéisme. Les événements décrits comme une prétendue invasion de l' Espagne par les arabes était un épisode de cette compétition millénaire.

Le syncrétisme arien

Comme tous les mouvements idéologiques, l' arianisme a du se propager dans la péninsule Ibérique de manière anonyme. Il n' y a aucun doutes qu' il y avait déjà beaucoup d' adeptes de cette doctrine au IV ème siècle, c' est à dire, avant que les Goths la convertissent en religion officielle de l' Etat. On a supposé que plusieurs personnalités religieuses importantes s' y étaient affiliées, entre autres, Potamius, évêque de Lisbonne et Florencio, évêque de Mérida. Il y a aussi le cas d' Ossius de Cordoue qui céda au charmes des arguments de l' arianisme, la personne la plus importante à ce moment, du camp trinitaire, qui avait dirigé à Nicée les débats, délégué par le pape et rédigé le Credo.
Au début du V ème siècle, la péninsule Ibérique se trouvait en pleine effervescence religieuse, et la même chose se passait dans les provinces orientales de Byzance. Sur un décor éminemment païen où se mélangeaient les souvenirs des vieux rites avec les images du panthéon latin, les principes unitarien s' étaient diffusés, par des vagues successives, venues d' Orient. Déjà au IV ème siècle, on pouvait parfaitement distinguer les deux courants d' idées fortes, trinitaire et unitarien, qui allaient diviser les monothéistes. Avec la décomposition de l' Empire Romain, l' arrivée au pouvoir des germains, qui étaient pour beaucoup, ariens, et d' autres récemment convertis au christianisme, ce divorce s' est accentué au moyen de la politique. Les Goths qui prirent le pouvoir étaient ariens ou ont adhéré à cette doctrine au moment d' arriver. Depuis ce moment la passion politique s' est mélangée avec la religion, donnant lieu à une situation explosive, les relations sociales s' envenimants. Les écrits de l' époque traduisent très bien cette déformation. Ils sont parfois si tendancieux et d'une telle ingénuité qu 'ils perdent toute crédibilité, et ses auteurs atteignent une telle rage infantile que la lecture de ces textes, chose très rare, en devient divertissante. Cette effervescence a produit une importante littérature de laquelle nous n' en connaissons seulement que celle du camp trinitaire dans une petite quantité d' oeuvres. Ceux des unitariens ont été perdus.

Causes de l' absence de documents ariens

Cette disparition des textes unitariens est le fait de causes diverses:

-Avec la conversion de Récarède, de nombreux livres ariens sont brûlés. La chronique de Frédégaire, -qui se rajoute généralement dans l' appendice de l' oeuvre de Grégoire de Tours-, raconte que ce roi avait amassé dans une maison de Tolède, tous les livres ariens qu'il avait pu trouver et y mit le feu. Ainsi s' explique que nous ne connaissions aucun texte écrit en langue Goths, ni un exemplaire hispanique de la Bible de Wulfila.

-D' autres livres se sont perdus dans les répressions trinitaires postérieures, que ce soit durant la guerre civile du VIII ème siècle, ou à cause de la négligence de leur propriétaires. C' est pour ces raisons que d' importants textes trinitaires ont aussi été perdus, même si nous connaissons leur titres et d' autres références. Les écrits qui avaient un caractère unitarien dont l' inspiration s' acheminait vers le syncrétisme musulman. Dans l' évolution des idées, ces textes avaient perdus de l' intérêt et était devenu incompréhensible pour les nouvelles générations. Ils étaient écrits en latin, langue des trinitaires, pendant que le cours du temps faisait de l' arabe, la langue des unitariens. Confondus avec les textes chrétiens ils ont été oubliés avec le même dédain.

-Nous ne gardons de cette époque obscure que quelques manuscrits latins qu' avaient conservés les minorités chrétiennes de Cordoue, qui furent rédigés au IX ème siècle. Mais en raison de la situation minoritaire dans laquelle se trouvaient ces gens, ils n' ont conservés que les textes extrémistes qui renforçaient leur idéologie par l' exaltation, en sous estimant les textes qui défendaient une position conciliatrice avec les unitariens, ceux qui avaient le plus d' intérêt pour l' historien désireux d´' établir l' évolution des idées de cette époque.

Dans ces conditions, jusqu' à ce que des études plus importantes soient faites, nous devons nous contenter d' un schéma général, une courbe d' évolution construite avec peu de points concrets, mais très précis et connus dans la plus grande exactitude, qui va vers un grand syncrétisme qui se cristallise au VIII ème siècle.

Au nom du Père...

Désireux d' avoir son indépendance, Euric accompli son intention de rompre avec Byzance. Il converti l' arianisme en religion d' Etat dans une grande partie de France et d' Espagne, qu' il gouverne. L' hérésie se propage avec une plus grande facilité, étant donné l' ambiance propice de la nation, et se combine avec le priscillianisme pour provoquer un plus grand essor des conceptions unitariennes. Comme en Orient, à ce mouvement s' ajoute des sectes secondaires, mais qui nient la Trinité. Alors favorisés par le prestige que donnait le trône et par l' efficacité des gouvernements ariens qui on su maintenir la paix, et aussi peut être par Léovigilde qui a fait prospérer le pays, l' arianisme se diffuse. Il existe alors en Espagne, une opinion unitarienne, qui se maintiendra jusqu' au VIII ème siècle, dissimulé par l' optimisme officiel apparent.
Réduit à sa plus simple expression, on peut dire que l' arianisme nie la divinité du Christ. Le Fils est subordonné à son Progéniteur, d' où d' interminables discutions pour définir des termes et des mots. D' autre part, il est sensé de supposer qu' en fonction du grand mouvement d' opinions qui a ébranlé l' Espagne, que l' arianisme a suivi un processus d' évolution du IV ème au VIII ème siècle, pour déboucher sur un vaste syncrétisme antitrinitaire. Les événements en Orient étaient en avance où ce syncrétisme à du se formaliser du VI ème au VII ème siècle. Jamais nous n' aurons de connaissance précise et détaillée sur cette impressionnante avalanche de concepts. Pourtant, il est possible d' établir aujourd' hui quelques phases de cette évolution.
Au début on assiste à une subtile discussion autour de certains mots grecs. Les semi-ariens (1) tentent au IV ème siècle de trouver une formule conciliatoire avec les trinitaires les plus intransigeants, qui sont à ce moment latins. Chaque camp essaye de se mettre d' accord, de manière infructueuse, sur le texte chanté par l' Eglise à la gloire de la Trinité: Gloria Patri et Filio et Spiritu Santo. Par la chronique de l' abbé de Biclara, on sait qu' en son temps, à la fin du VI ème siècle, les priscillianistes avaient éliminés la dernière particule de cette formule classique. Il disaient: Gloria Patri et Filio, Spiritu Santo, insinuants ainsi que le Christ et l' Esprit Saint ne faisaient qu' un, un Logos quelque peu agnostique, en un mot un démiurge aux ordres du Père.
En 580, selon ce chroniqueur et d' autres témoins, Léovigilde avait réuni à Tolède un concile d' évêques ariens. Ils emploient la même formule que les trinitaires pour chanter le Gloria, mais sans prépositions: Gloria Patri, Filio, Spiritu Santo. Ils prirent aussi la décision que les convertis "de la religion romaine à notre foi catholique... de romana religione ad nostram Catholicam fidem venientis" n' auraient pas besoin de recevoir un nouveau baptême arien, ce qui antérieurement avait été un grand obstacle pour attirer des prosélytes. L' imposition des mains était suffisante, si le converti recevait la communion en prononçant la formule arienne du Gloria.
Deux ans plus tard, en 582, on adopte une autre formule du Gloria encore plus attractive pour les "romains": Gloria Patri per Fillum in Spiritu Santo. Ces facilités et d' autres dispositions d' ordre fiscales vont promouvoir un grand nombre de conversions, entre autres, celle de l' évêque de Sarragosse, Vicenzio. L' historien Edward Palmer Thompson écrivait: "J' ai lu l' anxiété qui se devine clairement dans les pages de Grégoire de Tours, qui illustre la grande attention avec laquelle les hommes des Etats catholiques voisins suivaient le résultat du synode de Léovigilde." Ensuite vint la guerre civile, provoquée par son fils, Herménégilde, et qui prendra fin avec l' abjuration de Récarède. Apparemment, avec l' appui du monarque et de ses hommes d' armes, le christianisme avait vaincu son rival. Mais nous savons pour nos recherches antérieures qu' il n' en a pas été ainsi. Les mots triomphants des évêques dans les conciles postérieurs ne pouvaient cacher la réalité: la plus grande partie des textes de ses canons sont orientés à lutter et à discréditer un ennemi mystérieux qu' ils ne nomment pas par sa véritable appellation, mais qui est toujours présent dans l' esprit des législateurs.
En vertu d' une action antérieure dont nous ignorons le processus pour faute de documentation adéquate, soudainement, le syncrétisme arien apparaît durant les premières années du VIII ème siècle. Le seul texte que nous possédons résume le concept, on a définitivement rompu avec les trinitaires et on a fait un pas important vers l' unitarisme, puisque toute allusion aux concessions du temps de Léovigilde ont disparues. Les ariens prient alors ainsi: "in nomini domini non Deus nisi Deus solas sapiens non Deo similes alias". Nous nous trouvons face à un texte d' une valeur exceptionnelle, une clef de ces événements, autant du point de vue politique, que religieux.

(1) Trinitaire ou arien ayant le souhait de trouver un terrain d' entente théologique avec le camp opposé, comme par exemple Léovigilde.

Monnaie ibérique du VIII ème siècle, ici analysée

Une pièce de monnaie révolutionnaire

Si l' on met de coté les textes trinitaires, référents à l' adoptianisme et les Commentaires de l' Apocalypse de Beatus, il existe aujourd'hui deux sorte de documents du VIII ème siècle: des pièces de monnaie et le temple primitif de la Mosquée de Cordoue, qui sera étudié ultérieurement. Ces pièces se conservants dans la Bibliothèque Nationale de Paris et la Bibliothèque Archéologique de Madrid.
Les spécialistes sont d' accord pour affirmer qu' elles appartiennent au début du VIII ème siècle. Plus tard, apparaîtront des monnaies bilingues et à la fin du VIII ème siècle, de vrais dinars arabes. Leur datations restes obscures, il est difficile de faire coïncider les chronologies chrétiennes et musulmanes. Ceci a été un problème embêtant pour les auteurs du IX ème et X ème siècle, comme nous allons le voir.
Le fait d' émettre une monnaie constitue une prérogative de l' autorité souveraine, pour la simple raison que l' argent est le nerf de la guerre. Dans ces conditions, il est étrange de savoir que les arabes se sont emparés de Damas, selon ce qu' on nous assure, en 639, mais ont attendu rien de moins que 54 ans pour frapper leur monnaie et renforcer leur autorité. Ce fut seulement en 693 quand le calife, Abd Al Malik, émettait les premières connues, en imitant les monnaies byzantines. Le solidus et ses deux fractions, moitié et tiers, se sont convertis en dinar avec ses deux divisions correspondantes, même s' il y avait une petite différence de poids par rapport à son modèle. Vingt ans plus tard, sous la direction des califats qui ont succédé au fils de Malik, des armées arabes conquirent la péninsule Ibérique. Mais un fait bien plus étrange que le précédent, les monnaies qui ont été frappées durant ces années de conquêtes se paraissent comme deux gouttes d' eau, pas aux dinars de Damas, mais aux monnaies wisigothes antérieures. Fait encore plus extraordinaire, si cela serait possible, elles ne sont pas mahométanes comme l' ont affirmés à la légère beaucoup d' historiens obsédés par le mythe de l' invasion.
Leur origine est indiscutable. Elles ont, gravées sur l' une des faces la légende suivante: Solidus feritus in Spania.......solidus frappé en Espagne. Et portent sur l' autre face une abréviation, qui selon Levi-Provençal "portent la formule islamique de l' unitarisme", l' inscription latine que nous avons transcrits antérieurement et dont la traduction prie ainsi: "Au nom du Seigneur, de Dieu il n' y a qu' un seul Dieu sage, rien n' est semblable à Dieu." Au centre, un symbole est dessiné en accord avec la tradition wisigothe: une étoile à huit pointes. Les numismates ont débattus sur les abréviations qui pouvaient dans certains cas se référer à l' indiction, à la date d' émission de la monnaie. Les difficultés sont très grandes, surtout dans les monnaies plus modernes pour faire coïncider la chronologie de l' Hégire avec la chrétienne. Cependant, dans le cadre de cette étude nous allons nous centrer sur les textes gravés.
Dans la série de formules que nous avons exposé et qui ont servis de signal d' adhésion pour les ariens en les différents moments du développement de leur idées, celle ci se place à un instant très précis de l' évolution des unitariens. Pour son style, cette formule démontre une plus grande ancienneté que les sentences musulmanes postérieures, comparée avec la formule "Un seul Dieu existe", elle est bien trop compliquée. Pour le croyant, il n' y a pas besoin de plus d' explications, en sachant que Dieu est unique, le seul, sage sans similarités. Durant le cours de l' évolution des idées, l' islamisme a enlevé tout ce qui est accessoire. Il n' y a pas besoin d' adjectifs secondaires. Le monothéisme unitarien atteint alors son expression la plus pure.
D' une autre part, l' Islam est une religion révélée, un élu a été illuminé par Dieu pour prédiquer la bonne nouvelle. La formule qui synthétise les croyances de l' Islam portera le sceau de son prédicateur: l' unité de la divinité et la mission prophétique de Mahomet. Cependant les monnaies gravées durant les premières années du VIII ème siècle ne font allusion à aucun Prophète. Elles ne sont pas mahométanes, on ne peut concevoir l' Islam sans le mot de l' Envoyé de Dieu. Ces pièces sont pré-islamiques, et appartiennent au syncrétisme arien.
L' éclaircissement et la filiation de ce texte arien nous signale la date d' émission de cette monnaie. Les numismates confirment le critère qui l' avait situé au début du VIII ème siècle. En effet, si la citation n' est pas chrétienne, elle n' a pu être émise au temps des rois Goths, c' est à dire, de Witiza, qui en plus porterait un signe de son autorité. Comme la formule n' est pas non plus musulmane, elle n' a pu être émise à l' époque des émirs. Ce refrain et cette pièce représentent le règne révolutionnaire intermédiaire d' un point de vue politique, et religieusement, le syncrétisme arien.

Chamaillades mozarabes entre ariens et trinitaires en plein IX ème siècle

Ainsi se démantèle le critère usé qu' avaient supposés les historiens, selon lequel l' arianisme avait disparu d' Espagne avec l' abjuration de Récarède. Ils avaient acceptés la version officielle des évêques et des rois Goths, sans s' embêter à connaître la réalité du peuple espagnol. La révolution démontrait non seulement le fait d' une inconformité avec le passé proche, mais aussi que la petite quantité de textes hispano-ariens que nous connaissons, appartiennent à cette époque et au IX ème siècle. Dans sa jeunesse, Menendez y Pelayo s' était rendu compte que l' oeuvre du théologue Esperaindeo, avait été écrite pour réfuter les propositions ariennes. Il y avait donc des hérétiques en Andalousie, à des dates si tardives. L' abbé Sanson confirmait son contemporain dans son livre Apologeticus, écrit en 864, où on y citait l' unique texte de la liturgie arienne que nous connaissons.
Ce texte avait pour objet de s' opposer aux propositions hérétiques de l' évêque de Malaga, Hostegesis, son ennemi personnel. De la petite guerre théologique et pamphlétaire qui eu lieu, nous apprenons que les partisans du malagueño chantaient une antienne qui appartenait à la tradition arienne. On y disait que le Christ avait été conçu dans le coeur, et non dans l' utérus de la Vierge, chose dont s' était rétracté l' évêque priscillianiste, Sinfosius, dans son abjuration du III ème Concile de Tolède. On maintenait donc au IX ème siècle ce qui était un article de foi au VI ème siècle: la naissance du Christ était surnaturelle, parce qu' il lui était impossible de naître physiquement, "innascibilis". Ce texte liturgique arien nous est arrivé dans une phrase d' Hostegesis qui cite l' abbé Sanson dans son livre. Voici l' antienne: "O quan magnum miracuium inauditum ! , virtus de coelo propexit: obumbravit uterum Virginis, potens est majestas includi intra cubiculum cordis januis clausis......Quel extraordinaire grand miracle! La vertu du Ciel nous observe: ferma l' utérus de la Vierge, la majesté divine a été capable de s' enfermer dans la chambre du coeur, après avoir fermé les portes."  
La légende gravée sur les monnaies du début du VIII ème siècle possèdent une indiscutable saveur biblique. On peut la comparer avec un vers d' Isaïe, le 21 du chapitre 45 de la Vulgate, elle est strictement imitative. Le texte arien dit: In domine domini non deus nisi deus solus sapiens, non deo similis alius. La traduction de Jérôme de Stridon sort de la bouche du Seigneur les mots suivants: "Numquid non ego Domius? Et non est ultra Deus absque me! Deus justus et salvans non est praeter me...qui ego Deus et non est alius...........D' aventure ne serais je pas moi le Seigneur? Il n' y a pas d' autres Dieu que moi. Il n' y a pas de Dieu juste, ni salvateur si ce n' est moi....parce que je suis Dieu, et il n'y en a pas d' autres." En leur temps les ariens utilisaient ce texte d' Isaïe pour prédiquer l' unitarisme aux trinitaires. Nous le savons par l' abbé Sanson qui le commente dans son Apologeticus pour lui opposer sa propre argumentation.

Monnaie omeyyade du premier siècle de l' Hégire où on peut lire "Il n' y a dieu que Dieu, Unique, sans associés........Il est le seul Dieu. Le Dieu absolu. Jamais il n' engendrera et il ne fut jamais engendré. Personne ne l' ´égale." Cette insistance à souligner que le divin est un et ne peut être engendré, à la place du classique et très court "Il n' existe qu' un seul Dieu" trahi sans doutes, un besoin de réfuter une opposition religieuse toujours présente dans les régions sous contrôle omeyyade durant les dernières années du VII ème siècle, et très possiblement la domination dans ces zones d' un syncrétisme arien (ou pré-musulman) plutôt qu'un syncrétisme musulman post-révolutionnaire.

L' Alpha-Omega contre l' Astre Roi

Pourtant, le véritable interet de la légende est son intention agressive. Ceci est la clef du problème. Il y a effectivement un grand contraste entre la proposition arienne et le dicton classique de l' Islam: "il n' existe qu' un seul Dieu". Sa simplicité démontre une grande sagesse, une sérénité qui respire la paix, tous les monothéistes peuvent l' accepter. En d' autres termes, la conception islamique est post-révolutionnaire, et apparaît quand l' ennemi est vaincu ou convaincu, ou a disparu. Au contraire la formule arienne signale la guerre civile et les discussions théologiques. La phrase Non deo similis alius est offensive. Il ne peut exister d' autres Dieu semblables. Qui pouvaient être ces autres dieux, si ce n' est ceux de la Trinité ? Pour les ariens, et pour leur héritiers les musulmans, les trinitaires sont assimilés à des trithéistes, "parce qu' ils affirment qu' il existe trois personnes dans la Sainte Trinité, de même qu'il existe trois dieux." (Saint Isidore: Etimologkts) La formule arienne établit un chaînon entre l' opinion pré-musulmane et le mahometisme pur.
Le caractère unitarien et antitrinitaire des monnaies du VIII ème siècle est confirmée par la présence d' un symbole, une étoile de huit pointes, qui est placée au centre d' une des faces, celle qui porte la formule arienne. Quel était la signification de ce signe astronomique? Cela relève d' une grande importance, parce qu' une monnaie représente la souveraineté d' un pouvoir constitué. D' autre part le symbole formé par une image est plus avantageux que l' écriture, pour les masses analphabètes qui composaient la majorité de la nation. Etant donné la situation dans laquelle se trouvait l' Espagne, désolée par la guerre civile, enflammée par une révolution qui transformait sa société, on peut supposer que les symboles de ces pièces prendraient une intention accentuée. Il n' est pas facile de déchiffrer cette énigme, mais par les enseignements que nous avons acquis sur les manifestation du style gnostique, on peut comprendre le sens dissimulé dans ces énigmatiques étoiles à huit branches. 
Le noeud de cette question se démêle dans l' interprétation de l' image représentée. S' il s' agissait d' une étoile? Si il en serait ainsi, les recherches que nous avons réalisés se révéleraient infructueux. Quel signe pourrait arriver à entrer dans la compétition religieuse, comme la manifestation d' un attribut astronomique? Au contraire, si les pointes de l' étoile sont assimilées aux rayons du soleil et à l' astre qui nous illumine, alors tout devient clair. On peut suivre l' évolution du mythe solaire depuis la protohistoire, et les signes qui ont représentés l' astre ont été schématisés chaque fois un petit peu plus, c' est à dire s' approchant de ce que l' on a l' habitude de concevoir comme une étoile. Nous savons d' autre part, que le symbolisme solaire a fini par exprimer des concepts supérieurs. Nous résumons toutes ces représentations dans le petit schéma suivant, où une étoile, c' est à dire le soleil, serait en étroite relation avec la légende gravée sur la monnaie: le symbole unitarien.

Monnaie ibérique: Etoile- soleil- Taureau = Puissance génésique

Monnaie romaine: Empereur auréolé de rayons solaires = Culte du chef d' Etat

Symbole religieux: Christ auréolé de rayons solaires = Le Logos ou le démiurge des gnostiques

Pour les chrétiens, le soleil se converti en lumière divine qui illumine les fidèles. Pour les pré-musulmans, le soleil se converti en symbole de l' unicité. 

Comme les hommes qui convoitent le pouvoir ou luttent pour le pouvoir, appartiennent à un grand mouvement d' opinion, se fondant sur des normes similaires, de là un syncrétisme, le symbole de l' unitarisme se converti pour leur fins en un signal d' adhésion. Pour eux, le soleil n' est déjà plus le Christ, ni le Logos, ni un démiurge quelconque, c' est simplement l' image de la divinité, unipersonnelle et métaphysique. Le Créateur n' est pas assimilé à un homme, sinon à une conception abstraite. Le soleil représente Dieu, l' Unique.
Dans la lutte des concepts, la crise fait que le symbole chrétien se dissipe peu à peu. La lumière, représentation du Christ, se converti en un enseignement presque ésotérique. Durant le cours de la compétition religieuse qui devient de plus en plus violente, les chrétiens doivent ériger un autre symbole qui ne soit pas aussi subtil et mystérieux. Rodrigo Jimenez de Rada, l' historien de la monarchie wisigothe, avait discerné le signal d' adhésion qui les distinguaient par la reproduction de deux lettres de l' alphabet grec: l' alpha et l' oméga, qui se retrouvent en abondance dans les monuments et objets chrétiens de l' époque. Le symbole prend ses racines dans les paroles du Christ dans l' Evangile de Saint Jean: je suis l' alpha et l' oméga, le début et la fin.
Parfois l' emploi d' une seule lettre suffisait. Dans la compétition religieuse qui allait se convertir en guerre civile au VIII ème siècle, l' étoile à huit pointes et l' alpha et l' oméga seront les symboles de deux partis en conflit. La minorité chrétienne fut détruite par les unitariens, mais cette lutte, longue et difficile, devancée dans les provinces asiatiques, a entièrement ébranlé l' Occident. Dans l' effervescence des passions déchaînées, personne n' a pu résister à la tentation d' employer comme arme de combat, le mensonge et la falsification. Durant ces années apparaissent les premières interpolations de la Vulgate, truffée du célèbre comma Johanneum. L' auteur avait probablement lu Priscillien, et avait trouvé dans ses textes l' argument pour impressionner les personnes non averties et les indécis dans une consécration évangélique de la Trinité, qui n' existe pas dans les textes originaux. Cet épisode témoigne du drame de la lutte amorcée, dans laquelle on s' efforçait de convertir positivement de la mauvaise foi.

A suivre....

Ce texte est une traduction partielle du livre de l' historien espagnol Ignacio Olague "Los arabes no invadieron a España."

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