Les arabes ont ils vraiment conquis l' Espagne? 1ere Partie

Quand l' histoire devient une fable

L' invraisemblable grande conquête militaire musulmane

Selon notre Histoire, pendant que le Moyen Orient était le théâtre de l' affrontement entre les byzantins et les perses, semant le désordre d' Egypte jusqu' en Mésopotamie, et que ces les troupes perses conquirent Damas et Jérusalem en 614, et l' Egypte en 620, Mahomet convertissait sa tribu, les Quraych, au monothéisme. En 622, il abandonnait la Mecque pour Médine (l' Hégire, qui est le point de départ de la datation musulmane) et reprenait cette ville qui se rendait sans opposition en 632. La même année, Mahomet mourrait mais laissait derrière lui une Arabie entièrement musulmane, et toute une armée nourrie par ses enseignements, prête à littéralement conquérir le monde. En 635, ils dominent déjà la Syrie, en 637 c'est au tour de Ctésiphon (Actuel Irak) et de Jérusalem, la même année les arabes entraient en Afghanistan ! En 639,  toute la Palestine était conquise, la même année, les musulmans se rendaient maîtres de la Mésopotamie dans son intégralité, mais cela leur à laissé aussi le temps de commencer à aplatir la Perse en 636. En 640, cette armée d'un autre monde, avait soumis la surpeuplée Alexandrie et la très riche Egypte pour occuper Tripoli en 642,et pour terminer de conquérir la Perse en 651, et le Maghreb en 711. La même année commençait la conquête de l' Espagne qui durera 7 ans, et de l' Inde qui s' achèvera au XVI ème siècle. A peine après avoir soumis l' Hispanie, cette armée légendaire occupe Narbonne à partir de 719 jusqu' en 759 après que Charles Martel en ai rompu la dynamique vers 732. Donc selon notre chronologie historique, en à peine 100 ans, les armées musulmanes avaient conquis un espace long de 15000 km. Cette expansion incroyable - où successivement des Empire puissants, à la vive culture guerrière, comme l' Empire Byzantin où la Perse sont balayés- est unique dans l' histoire, et n' a jamais reçu aucune objection de la part des historiens. Seuls le Général Brémond et Oswald Spengler se sont à peine aventurés sur cette voie, que nous allons prendre maintenant. Un chemin qui est pourtant parsemé d' indices et d' indications pour le poursuivre jusqu' à son terme.

Berceau réel d' une armée légendaire

On sait qu' entre le IV ème siècle le VI ème siècle, la péninsule d' Arabie, auparavant fertile, fut délaissée des prétentions byzantines et perses par une dégradation environnementale qui la convertit en une terre aride. Face à ce changement, l' élevage de chameau s' est développé et les sociétés nomades bédouines ont alors dominés (et rackettés) les sociétés sédentaires, autrefois maîtres des lieux. Au moment où le monothéisme de Mahomet explose dans la région, ce pays désertique ne possède donc pas l' environnement pour nourrir une grande population capable de générer une armée imposante. C' est pourtant ce terrain qui va féconder une armée conquérante de terres bien plus peuplées et riches, comme l' Egypte où la Perse, selon notre Histoire.



Le mythe du Pur Sang Arabe

Pour tenter d' expliquer les fabuleuses victoires d'un bataillon de bédouins sur les plus grandes armées du moment, les historiens évoquent la fameuse cavalerie arabe, qui aurait fait la différence, et aurait écrasé les troupes adverses, telles les révolutionnaires colonnes de chars d' assauts nazies marchant sur l' Europe du XX ème siècle. La croyance au mythe du Pur Sang Arabe provient entre autres, du Coran, qui l' évoque plusieurs fois, mais nous avons vu que la Péninsule Arabique était déjà un vaste désert, et que le cheval est inadapté à ce terrain. Buvant environs 40 litres d' eau par jour, le cheval est à ce moment un véritable produit de luxe dans la région, et ces allusions coraniques font sans doutes référence à un niveau de vie meilleur,- que chacun désire-, et non à des témoignages concernant la vie quotidienne. Dans les faits, à cette époque, les purs sang ayant la meilleure réputation sont les chevaux libyens ou numides, connus pour leur vélocité, selon Isidore de Séville au VII ème siècle. L' Arabie ne pouvait être une grande productrice de chevaux, par l' absence naturelle de prairies et de pâturages. La région traditionnellement productrice de chevaux la plus proche est alors la Mésopotamie. 

Des affabulations dès les premières batailles

Pourtant selon certaines sources arabes (1) et Jean Jacques Emmanuel Sédillot, lors de la seconde expédition du Prophète contre Damas en 630-632, les forces musulmanes étaient les suivantes: 10000 cavaliers, 12000 chameaux, et 20000 fantassins. Le Général Brémond, qui a libéré l' Arabie de la domination ottomane durant la Première Guerre Mondiale, pensait à ce sujet qu'une telle quantité de cavaliers demandait beaucoup trop d' eau (400 000 litres d' eau par jour) pour que ce soit plausible: "Cela aurait été impossible, surtout maintenir à cette époque 30000 hommes et 20000 bêtes. En 1916-1917, nous n' avons pu obtenir pour les 14000 hommes réunis devant Médine, que pour un petit peu plus de huit jours, malgré les moyens considérables qui nous venaient d' Inde et d' Egypte par bateaux à vapeur." En plus de ce nombre exorbitant de soldats musulmans supposément présents à Damas vers 631, la composition de cette armée présente une autre grande invraisemblance: il est de fait que les chevaux et les chameaux, qui ne vivent pas sous les mêmes climats et sont des espèces très différentes, ne peuvent vivre ensemble de manière artificielle, et s' irritent mutuellement à l' odeur de l' autre. Il est donc difficile de concevoir la coexistence de masses de ces animaux pour une tache commune et ordonnée, comme si on mettrait sur le même front pour combattre l' ennemi, des régiments de chats et de chiens. 
Le fer à cheval et l'étrier n' étant apparus qu' à partir du IX ème siècle, on peut aussi se demander comment faisait cette fantastique armée pour parcourir d' aussi grandes distances propre à cette conquête exceptionnelle. Il y a par exemple presque 1400 km à vol d' oiseau de désert qui sépare la Mecque de Damas. Avant l' arrivée du fer à cheval, quand on voulait faire traverser, un terrain dangereux à un cheval ou un chameau, on enveloppait ses pieds avec du cuir pour les protéger. Brémond disait à ce sujet: "J' ai ici une autre condition défavorable qui s'oppose au mythe de l' invasion de l' Afrique du Nord par une cavalerie arabe, sortie des déserts d' Arabie. Elle aurait parcouru 3000 km avec de chevaux non ferrés. Ces chevaux auraient usés leur sabots jusqu' à l' empeigne."

Si l'on prend en compte toutes ces données et qu' une source historique musulmane (1) prétend que le Dernier Prophète a attaqué Damas vers 631 avec 30000 hommes et 20000 chevaux et chameaux, -qui ne peuvent pas se voir-, on ne peut que conclure que dans ce témoignage, (au minimum) la composition de cette armée sous les ordres de Mahomet ne peut que provenir de l' imaginaire d'un chroniqueur musulman postérieur à l' événement, sur le coup trop enthousiaste sur le passé légendaire de l' Islam. 

Pour tenter de mieux comprendre ce qui se serait réellement passé, et même si l'on reviendra parfois sur d'autres zones concernées, on va beaucoup plus se centrer à partir de maintenant sur la conquête musulmane de l' Espagne, et dans une moindre mesure sur la conquête du Maghreb.

(1) Il n' y a vraisemblablement pas de sources historiques musulmanes contemporaines aux conquêtes mythiques du VII-VIII ème siècle. Les premières sources datées à partir de l' Hégire débutent timidement au IX ème siècle.


La conquête de la Tunisie, puis du Maghreb

La conquête de cette région aurait été le fruit de cinq étapes, ou incursions musulmanes de 642 jusqu' à 701 approximativement, même si on ignore toujours comment fut achevée la dernière:

-En 642, c' est l' exarque Grégoire qui gouvernait cette région appartenant à l' Empire Byzantin. Pour des raisons obscures (sans doutes religieuses), il s' indépendantise de l' empereur Constant II. Profitant de cette situation favorable ou en accord avec ces rebelles, Abd Allah Ibn Said, gouverneur de l' Egypte alors musulmane, tente sa chance vers l' ouest et envahit la Tunisie avec 20000 hommes, située à 3000 km d' Alexandrie et séparée par des régions désertiques, pour la piller (ou pour des raisons inconnues) et revient sur les bords du Nil.

-En 665 aurait eu lieu une autre expédition dont on ne sait rien, qui n' a rien changé à la situation.

-En 670 apparaît Oqba Ibn Nafi Al Fihri que l'on présente généralement comme le conquérant de l' Afrique du Nord, ce qui est inexact.  C' était un aventurier qui a effectivement participé à une expédition dans le Maghreb; qui lui aurait été fatale. Selon Georges Marçais en 1946: " ayant vaincu Koceila. le chef de la puissante tribu des Awraba, proche de Tlemcen, il obtint la conversion de la foi chrétienne à l' Islam, devenant finalement son ami et allié."  En 670, Oqba aurait fait établir une base militaire à Kairouan qui se convertira comme la plus importante ville de la région. Enflammé par ses succès, il se serait dirigé vers l' Ouest, et on dit qu'il aurait atteint le centre du Maghreb, voire l' Océan Atlantique. Mais comme il ne se sentait apparemment pas à l' aise dans ces régions hostiles, il fit le chemin du retour. Pendant ce temps il était redevenu l' ennemi de Koceila qui l' avait gravement humilié, et avait répudié l' Islam. Celui ci prépara une embuscade proche de Biskra, dans laquelle le conquérant perdit la vie. Koceila pris alors le contrôle de Kairouan, qu'il dirigea de 683 à 686.

- Un lieutenant d' Oqba qui avait échappé au désastre, Zohair Ibn Qaïs, réussit à réunir ses troupes et affronter le chef berbère. Vers 686, Koceila mourrait lors d'un combat, et pourtant le militaire arabe prenait le chemin vers l' Egypte. Arrivé proche de Barca en Cyrénaïque, il croisait des forces byzantines que venaient de débarquer. Probablement surpris, lui et son armée furent décimés.

- En 693, le calife Abd Al Malik envoie Hassan Ibn Numan et 40000 hommes (d' autres sources indiquent 140 000 hommes !!). Une incohérence de plus des chroniqueurs. Sachant les problèmes connus par Montgoméry même avec des camions citernes, une troupe si nombreuse serait rapidement épuisée par la soif et la faim. En 698, Carthage est conquise. Sans vraiment bien plus d' explications de la part des sources arabes, les troupes musulmanes prennent définitivement le pays vers 701 après avoir écrasé les berbères dans une bataille dont on ignore les détails.

Sans même se demander si cette version des faits est authentique ou non, remarquons que cette incroyable armée n' était pas au bout de ses efforts. Il lui restait encore tous le reste du Maghreb à conquérir puisque à peine 10 ans après la conquête définitive de la Tunisie, en 711, elle se trouvait déjà sur les plages andalouses. Nous avons vu que les distances séparant les anciennes grandes villes de l' Afrique du Nord et du Moyen Orient étaient énormes. 2000 km séparaient Carthage de Tanger. Selon l' ancien géographe El Bekri, il fallait 40 jours pour aller de Kairouan  à Fez, et beaucoup plus si on choisissait l' itinéraire côtier, le chemin nécessaire pour atteindre le Détroit de Gibraltar, et les terres espagnoles. On voudrait nous faire croire qu' en à peine 10 ans, Moussa Ibn Noçaïr a réussi à prendre le contrôle de cette région immense à l' orographie difficile et peuplée de guerriers ayant démontré à l' histoire leur efficacité. Selon Marçais, spécialiste des berbères, la situation dans la région n' était toujours pas des plus reluisantes pour les musulmans: "Initiée en 674, on peut considérer l' annexion de cette région comme plus ou moins achevée en 710. Il avait fallu rien de moins que 53 ans pour obtenir un résultat, en plus précaire;  et l' époque des difficultés ne s' était pas encore terminée et durera jusqu' aux débuts du IX ème siècle; c' est à dire, plus de 150 ans de luttes ouvertes et d' hostilités, un siècle et demi durant lequel les invasions arabes ont souffert des échecs cuisants. On remettait en doute l' avenir de l' Islam en Occident. A ce que l'on sache, au moins par deux fois, la dernière durant la seconde moitié du VIII ème siècle, le pays a été reconquis par les berbères. Il fallait tout recommencer à zéro.... On peut affirmer qu' à la fin du VIII ème siècle, le bilan de la conquête musulmane d' Afrique du Nord était des plus mauvais. Cent cinquante ans auparavant, un Sidi Oqba, un Moussa Ibn Noçaïr, avaient traversés le pays comme des conquérants depuis Kairouan jusqu' à l' Atlantique. En 763, le gouverneur El Aglab voulant s' enfoncer vers Tlemcen pour arriver à Tanger mais du abandonner l' expédition à cause des officiers de sa garde personnelle qui se sont mutinés. Les califes abbassides avaient renoncés au contrôle des trois tiers de la Barbarie et ses dirigeants se montraient bien plus préoccupés à pacifier leur territoire que d'élargir leurs frontières. "

Dans ce contexte, on peut se demander si les arabes étaient en condition d' envahir l' Espagne en 711, quand ils ont mis plus d'un siècle pour s' établir définitivement en Afrique du Nord. Mais ceci n' a jamais interpellé les historiens. Quoi qu'il en soit, selon les manuels d' histoire sur ces conquête musulmanes, on peut estimer que cette armée arabe a de manière répétée, enfreint les principes de l' art militaire. Dont l' un d'eux est de ne pas faire d' offensives trop loin de ses bases, et en consolider d'autres pour conserver dans les mouvements une certaine marge de sécurité. Sans avoir récupéré l' énergie utilisée du dernier effort, l' armée arabe s' est immédiatement lancé dans une nouvelle aventure. Ils arrivent en Tunisie, et se lancent immédiatement vers le Maroc. A peine voient ils les vagues de l' océan, et ils courent s' embarquer pour l' Espagne. Ils ne s' arrêtent pas, même pas pour se reposer, ni même pour profiter du butin, ou savourer les femmes du lieu conquis. Ils sont pressés de s' élancer sur les Pyrénées afin de s' emparer de l' Aquitaine et de la Septimanie. Ces conquérants ne semblent avoir aucun objectif....


L' Espagne, une autre incroyable conquête

On  trouve donc très normal que les arabes aient réussi à traverser le Détroit de Gibraltar et qu'ils ai pu conquérir -sans avoir vraisemblablement de cartes-, la péninsule Ibérique en quelques années, soit 584 192 km2, la région la plus montagneuse d' Europe. Les chroniques musulmanes indiquent avec une grande minutie le nombre d' envahisseurs: 7000 (1) hommes suffirent à Tariq Ibn Ziyad pour écrabouiller l' armée de Rodéric durant la bataille de Guadalete. Plus tard, Moussa Ibn Noçaïr fit envoyer 18000 renforts (d' autres sources indiquent un chiffre de 12000), ce qui donne la présence totale de 25000 hommes, dont chacun d' eux pouvaient prétendre dominer 23 km2 dans le cas d'une conquête totale de la péninsule. Cela n' a pas empêché ces héros de se jeter ensuite avec hâte sur la France.
Après cette extraordinaire première grande bataille, en très peu de temps, le latin est remplacé par l' arabe, le chrétien fait place au musulman, la monogamie se transforme en polygamie, sans aucune protestation des femmes. On répétait les credos chrétiens un jour, et on se réveillait quelques années plus tard en parlant la langue du Hedjaz, en s' habillant d' une manière différente, avec des coutumes différentes. Ce n' est pas une blague puisque les historiens sont d' accord sur le fait que le nombre de chrétiens vivant sous la domination musulmane, nommés mozarabes, était infime. 
Dans le tome 1 de l' Histoire des musulmans en Espagne, publié en 1950, Levi-Provençal, sans être surpris par cette miraculeuse conquête, met en avant les luttes internes entre arabes à peine après avoir foulé l' Europe. Toutes les tribus sont supposément présentes, leur rivalités et leur haine ancestrale est féroce: on se trahi, on s' assassine, on se torture au plaisir; la lutte est terrible, et le désordre est à l' ordre du jour dans tout le territoire. 
Mais les sources de cette conquête se contredisent sachant que l' Islam a fini par s'imposer définitivement en Afrique du Nord durant le IX ème siècle, et que Lévi-Provençal affirmait par exemple: "Au moment où Rodéric succède au trône de Tolède (710), les arabes terminaient de consolider leur position dans le nord du Maroc, et achevaient la conquête du centre du pays." (2) A l' époque de l' invasion arabe, on estime que la population de la péninsule Ibérique variait entre 15 et 20 millions d' habitants. Comment 25000 soldats ont pu soumettre ce nombre de personnes présentes en Hispanie à ce moment? Il n' y a vraisemblablement pas eu de génocide, en égorgeant un par un les habitants du pays, comme on pu l' assurer certaines chroniques latines. Parallèlement, les vallées des Asturies, décrites par d' autres sources comme un lieu de refuge pour les ibères, seraient incapables de recevoir une telle population. 
Et d'un autre coté, selon les chroniques musulmanes, les troupes conquérantes étaient composées d'une minorité d'arabes. Les autres étaient des aventuriers aux autres origines: des syriens, des byzantins, des coptes et surtout des berbères. Les textes insistent sur le fait que ces derniers composaient la grande majorité des envahisseurs. L' Espagne aurait donc été envahie, arabisée par des gens qui ne parlaient pas l' arabe, puisque on ne connaissait pas encore cette langue dans le Maghreb, et islamisée par des prédicateurs ignorant de la composition du Coran, pour les même motifs
Quoi qu'il en soit, la passivité de la bonne dizaine de millions d' habitants de l' Hispanie, à ce moment, face à 25000 soldats, même teigneux, -qui en plus se battent entre eux après les avoir soumis et n'ont pas du tout la même culture-, restera une autre question inexplicable et inexpliquée par nos historiens. 300 ans avaient été nécessaires à l' Empire Romain pour conquérir l' Hispanie, seulement 7 pour les arabes.

(1) ou avec déjà les renforts envoyés par Moussa Ibn Noçaïr selon d'autres sources face à..........100000  hommes
(2) Si des historiens modernes comme Marçais et Lévi-Provencal se contredisent sur ces questions, c'est bien le fait d'une contradiction des sources historiques. Marçais, pour avoir une meilleure compréhension de ce qui s'est passé en Barbarie, cherche les vieux textes des témoins les plus fiables pour les confronter et trouver des concordances. Tandis que Lévi-Provençal étudie, lui, l' histoire de l' Espagne, ce qui s' est passé en Barbarie ne l' intéresse pas.

La traversée vers le mont de Tariq

Si on peux être surpris par la rapidité de la conquête musulmane, on peux aussi se demander comment une armée de nomades à pu aussi facilement traverser le Détroit de Gibraltar (dont le nom provient du nom du premier officier arabe foulant l' Espagne). Ils ne possédaient pas de marine, chose tout à fait normale pour un peuple bédouin. Soyons réalistes, il leur aurait fallut pouvoir concentrer un grand nombre de bateaux et n' auraient jamais pu faire traverser leur 7000 hommes de l' autre coté sans l' aide de marins autochtones et expérimentés. Cette portion de mer est l' une des plus dangereuses du monde, car deux courants contraires de grande puissance se font face. L' une à une vitesse de 4 à 6 miles, et l' autre de 2 miles. Selon les marées, un phénomène inconnu pour le navigateur de la Méditerranée, ces courants changent de sens. Puis, pour compliquer les choses, cet endroit est toujours frappé par des vents violents, dont les rafales sont si imprévisibles que le lieu s' est convertit aujourd' hui en un cimetière de bateaux.
Selon les sources, le comte Julien, gouverneur du littoral, aurait prêté 4 chaloupes avec lesquelles le débarquement aurait pu se faire. Si chacune d' entre elles pouvaient transporter 50 personnes avec l' équipage, ce qui serait un maximum, il aurait fallut 35 voyages pour faire passer les 7000 hommes de Tariq Ibn Ziyad. En moyenne, il faut compter un jour de traversée, deux avec le retour. 70 jours auraient donc été nécessaires pour mettre un terme à l' opération; c' est à dire plus de trois mois si on compte les jours de mer de navigation difficile, chose très fréquente sur cette portion de mer impraticable en hiver. S' il s' agirait d'une invasion, le petit nombre des premiers débarqués se seraient fait égorger sans avoir besoin de davantage de troupes pour défendre le littoral. Mais personne ne s' est rendu compte de ce débarquement qui se serait écoulé sur 3 mois, comme tente de le persuader le chroniqueur égyptien du IX ème siècle, Ibn Abd El Hakem: " Les gens de al Andalus ne remarquèrent pas le va-et-vient de bateaux, pensant que c' était des bateaux de commerce."  Pour faire un débarquement vraiment crédible des 7000 hommes de Tariq, il aurait fallut compter sur au moins une centaine d' embarcations. Et en cette époque de grande décadence maritime, ce n' était pas facile à trouver. Les berbères à ce que l' on sache, ne possédaient pas de flotte. Seul un peuple dans cette zone, aurait été capable de faire cette traversée, les gaditans. Mais comment auraient ils pu aider ces envahisseurs à les soumettre? Comment un gouverneur a t'il pu lui même prêter quelques embarcations à des envahisseurs et les laisser envahir sa province pendant x temps, comme l' insistent les chroniques arabes ultérieurs? S' il s' agirait d' une entourloupe ou d'un malentendu, comme l' Histoire le raconte, comment se fait il que ce genre de mystification du peuple envahi se répète encore et encore dans les sources pour d' autres événements de cette providentielle conquête du monde? On ne se trouve pas ici devant un "choc" civilisationnel et technologique, celui qui a par exemple favorisé l' invasion facile de Cortez sur les aztèques. La péninsule ibérique est à ce moment mieux développée que l' étaient les arabes à la même époque, malgré tout, ses habitants vont encore "se faire avoir" par d' autres attrape nigauds lancés par ces envahisseurs décidément très puissants, mais aussi très malins. A moins que les seuls nigauds soient les historiens qui ont pris mot pour mot les affabulations des chroniqueurs musulmans qui sont toujours séparés d' au moins 100 ans des faits qu'ils tentent de décrire...

L' Afrique depuis Gibraltar

Suite de la merveilleuse invasion du pays des jambons

On ne pourra pas le dire autrement, sans tomber dans la familiarité; pour les sources arabes, ces ibères sont sacrement naïfs, si l' on poursuit le récit de cette conquête de Tariq. Juste après la raclée sur une armée -au moins quatre fois, voire quatorze fois- plus nombreuse à Guadelete, Abd El Hakem raconte qu' "immédiatement Tariq se dirigeait vers le couloir d' Algeciras et ensuite vers la ville d' Ecija" comme s'il s' agissait de lieux proches l' un de l' autre. Il est étrange de voir une armée d' invasion pénétrer dans un canyon du crétacé aussi étroit, et dominé par des falaises imposantes où elle se serait facilement fait piéger, puisque dans certains lieux, l' épaisseur ne va pas plus loin que celle d'une rue étroite. Entre le petit village de Jimena de la Sierra qui se trouve à la sortie de ce couloir, et Ecija, il y a plus de 160 km. Sur le chemin, les envahisseurs auraient du croiser des villes importantes comme Ronda et Osuna, dont les fondations sont antérieures aux romains, et qui ne sont pourtant pas mentionnées par ces chroniques. 
Ces conquérants sont venus sans savoir quoi faire, et ne savent pas où aller. Ce sont les chrétiens qui leur donnent quelques idées, tels des employés d'une agence de voyage proposant des excursions à de futurs touristes. Ce n' est pas une blague, comme le décrit toujours Abd El Hakem: "Moussa Ibn Noçaïr au courant des exploits de Tariq Ibn Ziyad, et envieux, vint en Espagne avec 18000 hommes. Quand ils débarquèrent à Algeciras, on leur indiqua qu'ils suivent le même chemin que Tariq et répondis: "je n' en ai pas envie". Alors les chrétiens qui lui servirent de guides lui dirent: "nous te conduirons par un meilleur chemin que le sien, par lequel il y a des villes de plus grande importance que celles qu' il a conquis, et desquelles, si Dieu le veut, tu pourras te rendre maître." On a jamais vu un peuple agressé aussi accueillant, mis à part lors de la conquête de Cortez.

Et les fameux chevaux?

Malgré la peste de Justinien qui devait sévir dans la péninsule Ibérique mais aussi en Afrique du Nord et au Moyen Orient, la civilisation en Hispanie était mieux développée que pouvait l' être à ce moment là, la civilisation arabe qui dominera culturellement l' Occident, mais à partir de quelques siècles plus tard. Pourtant, selon les historiens, ce qui aurait fait la différence pour les envahisseurs, c' était leur fameuse cavalerie qui a apparemment tout écrasé sur son passage, tel une division blindée. Le cheval domestiqué est représenté en Espagne sur des peintures rupestres, et plusieurs sources indiquent que cette région en était le principal fournisseur pour l' Empire Romain. 
Pour revenir sur le Détroit de Gibraltar, on ne mentionne pas de chevaux. D'un autre coté, il aurait été très difficile pour les marins aux services des arabes, de faire traverser leurs montures, avec le peu d' embarcations qu'ils avaient. Embarquer des chevaux a toujours été une opération difficile, du à leur nervosité. Peu d' armées se sont aventuré à cet exercice, et quand elles l' ont fait, c'était avec de larges galères qui naviguaient sur les eaux calmes de la Méditerranée. Le peu d' exemplaires qui auraient survécu à un voyage dans les chaloupes du comte Julien auraient débarqués en piteux état.
Quand on suit ces chroniques dignes des Contes des Mille et Une Nuits, on s' aperçoit que c'est après la bataille de Guadalete, selon Ajbar Machmua, que cette infanterie a pu s' approprier des chevaux: "Tariq envoya Moguit à Cordoue avec 700 cavaliers, car aucun musulman ne s' était retrouvé sans monture."  Ainsi, cette escouade de 700 cavaliers avaient réussi un exploit unique dans les anales de la guerre: ils s' étaient emparés de la ville la plus peuplée de la péninsule, défendue par des murailles importantes, construites à la fin de l' Empire Romain et desquelles une partie se maintient toujours debout de nos jours. 
La thèse de la supériorité de la cavalerie musulmane s' effrite dès la première bataille en Espagne puisque les 7000 (1) musulmans qui ont vaincu les 100 000 soldats de Rodéric à Guadalete ne possédaient pas de montures. Cette idée d'une supériorité du cavalier arabe sur le cavalier numide. berbère ou ibère provient sans aucun doute de ce type de chroniques que l' on a pris à la lettre. Comment peut on admettre que 700 cavaliers seulement auraient pris la ville fortifiée la plus peuplée du pays?

(1) Si l'on considère, comme le témoignage historique précédent le confirme, que les renforts de Moussa sont arrivés après la bataille de Guadalete

Une armée maîtrisant l' art du bluff et qui peut donc se passer d' engins de siège.

Cette mystification de l' expansion de l' Islam, qui fait tomber tour à tour avec facilité certaines des plus grandes villes du monde, les mieux fortifiées et défendues, avait mis la puce à l' oreille du Général Brémond au sujet de la prise d' Alexandrie par des hordes venues du désert. Pour renverser les fortifications de cette ville d' environs 600 000 habitants, il aurait fallu des catapultes et autres engins de siège. C' était une norme militaire mise en pratique depuis l' Antiquité. Pour les construire, les transporter et les mettre en batteries il fallait de grands moyens: des ingénieurs, des ouvriers spécialisés et autres, c' est à dire finalement, qu'il fallait une organisation qui était vraisemblablement absente chez ces nomades du désert.
Et quand il s' agit de lieux inexpugnables comme Tolède ou Ronda...cette dernière ville s' est plus tard pourtant maintenue indépendante durant 50 ans, de la domination des émirs de Cordoue, qui avaient incomparablement plus de moyens que Moussa et Tariq. Pour résoudre cette contrainte des villes fortifiées, les chroniqueurs arabes décrivent l' usage de subterfuges  et de stratagèmes qu'un enfant serait incapable de gober: pour Ajbar Machmua, lorsque Moussa se trouve devant les murailles de Mérida, des murailles "comme personne n' en a jamais construit" et négocie avec les assiégés; "ils virent Moussa avec la barbe blanche et comme ils lui faisaient des exigences qui ne le convenait pas, ils sont repartis. Ils ressortirent la veille de la fête du Titr, et comme il s' était teint la barbe et l' avait rouge, l' un d' eux dit: "je crois que ce dois être un de ceux qui mangent de la chair humaine, ou bien ce n' est pas lui qu'on a vu hier." Enfin, ils revinrent le voir le jour même de la fête, quand il avait la barbe noire, et de retour à la ville, ils dirent aux habitants: "Insensés! Vous combattez des prophètes qui se transforment à leur guise et rajeunissent. Leur roi qui était ancien, est devenu jeune. Allez, et donnez lui ce qu'il demande." Ainsi la ville autrefois importante de Mérida serait tombée, ses habitants auraient donné les clefs aux assiégeants parce qu' ils ignoraient qu'une barbe peut se teindre !
Ce type d' escobarderies se retrouve dans bien d' autres épisodes de la mythique conquête musulmane pour expliquer la prise de sites difficiles, en Espagne ou ailleurs, par exemple pour la prise d' Emèse en Syrie, c' est un tremblement de terre qui fait effondrer les fortifications, si la ville ne se rend pas immédiatement et sans combats comme c' est le cas de Jérusalem. Ces fables se retrouvent notamment dans les sources arabes à partir du XI ème siècle. Quand on tente à ce moment de dépeindre des événements troubles et vieux de 300 ans, on décrit logiquement un passé miraculeux offert aux croyants par la Providence, pour la plus grande gloire de l' Islam.

A suivre....

Ce texte est une traduction partielle du livre de l' historien espagnol Ignacio Olague "Los arabes no invadieron a España"

6 commentaires:

  1. N'importe quoi !!!Que du n'importe quoi !! quelle inculture !!! Ca fait peur !
    Ignacio Olague est un historien isolé et inculte qui n'a aucun crédit auprès de ces confrères.

    Les arabes n'avaient pas de cartes??? à mourir de rire la première référence en cartographie est une carte arabe ! notamment la carte de l'espagne et de l'Afrique.

    Les arabes un peuple non marin ??? encore plus mort de rire, la plupart des noms et terme marins ont une origine arabe, Mat de misaine "mizene" en arabe, amiral vient de amir al bahr, bord qui vient de bordj etc etc.
    Ah oui la plupart des noms d'étoiles et de constellations sont des noms arabes Al nadir, al souhel etc...car le premiers astronome qui ont cartographiés les ciel sont les arabes. Quant à l’Espagne et les omeyades même pas la peine que je perde mon énergie.
    Revois ta copie mon ami :)
    Et revois tes references ou va faire un tour à l'université ou voyage, je ne sais pas mais c'est grave !

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  2. Les émotions telles que la colère ou la peur ne s'approprient pas avec un débat constructif.

    1- Le fait que la thèse d'un historien ne soit pas validée par ses confrères, n'a jamais démontré sa fausseté.

    "Nació el 12 de febrero de 1903. Estudió Derecho en las universidades de Valladolid y Madrid. De 1924 a 1936 trabajó en el laboratorio de paleontología del Museo de Ciencias Naturales de Madrid, siendo discípulo de José Royo. Perteneció a la junta directiva de la Real Sociedad Española de Historia Natural de Madrid y participó en coloquios internacionales. Militó en las JONS. En 1929 fundó el primer cine-club español y una galería de arte en Madrid, junto a Ernesto Giménez Caballero. Desde los años 50, viajó y publicó frecuentemente en Francia. Fue vicepresidente de la Sociedad Internacional para el estudio comparado de las civilizaciones...."

    Pour quelqu'un qui n'a aucun crédit, ce n'est tout de même pas mal.

    2- Les cartes arabes telles que celle d'Al Idrissi et les grandes connaissances maritimes, comme celles de nombreuses autres sciences, ne sont pas contemporaines à la "magistrale" invasion musulmane du VII-VIII et correspondent à "l'âge d'or" de la civilisation musulmane quelque siècles plus tard.
    Le premier document arabe dans ce sens, semble remonter au IX siècles, comme presque tous les premiers documents musulmans.

    "La Géographie de Ptolémée servi certainement de modèle aux traités arabes,appelés Kitab surat al-ard (livre sur la description de la terre), ces traités datent du milieu du IX ème siècle et ont servi de fondations à toutes les études cartographiques arabes ultérieures".

    http://www.sabix.org/bulletin/b39/histoire_cartographie.pdf

    Le fait que des étoiles portent des noms arabes ne démontera jamais que les arabes ont conquis la terre à l'aide de petits chevaux et de grands miracles.

    Si vous avez des documents ou anecdotes intéréssantes à apporter, vous êtes la bienvenue, ce site n'est ancré dans aucune certitude (au contraire d'autres) et invite à éventuellement enrichir ou à corriger son contenu.

    Si vous n'avez que des états d'âmes (de peur et de que sais-je) à étaler ici, sous des sarcasmes et autres, ce ne sera évidemment "pas la peine de perdre son energie."

    Bonne route !

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  3. Une géographie scientifique

    Une géographie plus scientifique émerge au VIIIe siècle. Avec l’expansion musulmane vers l’Europe et l’Asie, de nombreux ouvrages indiens, grecs et persans sont rassemblés et traduits sous l’impulsion des premiers califes abbassides. L’influence indienne s’exerce sur l’astronomie. Les connaissances iraniennes se retrouvent surtout sur la géographie descriptive et régionale et dans la cartographie. Mais c’est dans la géographie grecque que les savants arabes trouvent un véritable fondement scientifique avec la mesure de l’arc méridien et celle de la circonférence de la Terre. La Géographie de Ptolémée (90-168), dont il reste aujourd’hui l’adaptation d’al-Khuwârizmî († 847), est traduite plusieurs fois. La base hellénistique de la géographie arabe est prédominante en géographie mathématique, physique et humaine. Mais certains savants arabes reprennent encore la notion cosmogonique iranienne des sept "kishwars" : le monde est divisé en sept cercles géographiques égaux, le quatrième cercle représentant le centre du monde (l’Iran ou La Mecque) ; il est placé au centre des six autres cercles disposés autour de lui. Les traditions persanes influent fortement sur la géographie arabe, comme en témoigne l’emploi de termes persans dans le domaine maritime. L’assimilation de ces apports étrangers et les progrès réalisés dans le domaine de l’astronomie conduisent à une véritable révolution géographique. Entre 813 et 833, la première grande carte du monde est dressée à Badgad par les savants du Bayt al-hikma, la "Maison de la Sagesse".

    http://classes.bnf.fr/ebstorf/repere/arabe.htm

    Les merveilleuses connaissances des musulmans sur la géographie, astronomie et autre sciences, démontrées à partir du IX ème siècle, n'ont aucune pertinence sur une conquête inexplicable et inexpliquée du VIII ème siècle, à 4000 km de la capitale abbasside.

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  4. Bonsoir,certes ça peut être le développement d'une contre histoire qui pèche d'abord par son montage numérique : 15 à 20 millions d'habitants chez les wisigoths au VII siècle c'est un peu fort.
    Je vous laisse corriger vos chiffres tout en incluant au bon ordre les mots suivants : combattant frugal, prosélytisme itinérant, ego surdimensionné, émancipation, ferveur de nouvelle foi,situation wisigoth, mérovingien, relais militaire, soif de richesse, flotte conquise,pacification post conquête, uniformité des lois.
    Je vous assure que le débat est beaucoup plus riche que le guet-apen dans lequel vous plongez.allez pour relancer le débat faite une comparaison entre les chefs politique musulmans et leur contemporain européens :wisigoth, mérovingien, carolingien, allemans,riourikides du VII siècle vous apprendrez beaucoup de choses sur cette réussite.
    A bientôt

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    1. Bonsoir,

      Merci pour cette remarque des 15 à 20 millions d'habitants, qui devait comprendre wisigoths (qui dans les faits composaient l'élite)et autochtones ibériques qu'ils soient chrétiens ou juifs, ou autre. Ce texte ne défend aucune fulgurante vérité hermétique et ne propose qu'une réflexion sur notre passé.

      Cette liste d'adjectifs pourrait s'associer avec n'importe quel impérialisme soucieux de voiler l'histoire, qu'il soit chrétien, musulman ou plus athée de nos jours.

      Effectivement le débat est bien plus riche qu'il n'y paraît et ce site ne se trouve dans aucun "guet-apens", au contraire. Le problème pour la comparaison que vous demandez, c'est que les sources historiques de ce VII-VIIIe siècle sont absentes que ce soit du coté chrétien comme de l'autre. Tout ce dont nous parlons à été "historiquement construit" plus tard....

      Cordialement

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