Les arabes ont ils vraiment conquis l' Espagne? 3 ème partie


La plus grande révolution politico-religieuse que l' histoire ai connue?



Les énigmes de l' expansion de l' Islam

Inexorablement, il y a un problème bien plus complexe pour l' esprit de l' historien que la prétendue invasion: l' expansion de l' Islam et de la civilisation arabe. Même s'il est tout à fait raisonnable de rejeter la conception selon laquelle cette religion se serait propagée par l'imposition d'une force militaire étrangère, qui n'a jamais existé, on ne peut nier le fait d'une civilisation arabe, autrefois comme aujourd'hui. Pourtant le problème se présente différemment dans chacun de ces cas et ne peuvent être résolus avec la même méthode. Il est possible de désarticuler la légende de l' invasion avec la critique historique, on possède les éléments pour apprécier comment s' est formé le mythe au fil des siècles. Par l' absence d'une documentation adéquate l' histoire anecdotique est incapable d' expliquer le mécanisme qui a permis la propagation de la civilisation arabe. Des problèmes similaires se rencontrent pour comprendre des mouvements similaires qui ont eu lieu dans le passé, par exemple, la structure de l' Empire Romain ou la diffusion du bouddhisme en Asie.
Comment les masses qui vivaient en Inde, en Asie Centrale et Mineure, des anciennes provinces byzantines, d' Afrique du Nord et de la péninsule Ibérique, ont pu abandonner leur croyances ancestrales pour adhérer à une nouvelle foi ? Quel était le principe qui avait modifié les propres cultures nationales pour assimiler une conception de la vie étrangère à sa tradition culturelle? Ainsi, par exemple comment des sociétés monogames se sont brusquement transformées en polygames?
L' Histoire classique répond à ces questions difficiles avec rien. C' est à dire avec le mythe de légions musulmanes surgies des profondeurs de l' immense Arabie qui auraient envahies la moitié du monde en écrasant et en inondant tout sur leur passage. Les survivants de cette catastrophe se seraient joint à leurs conquérants. Ces histoires ont résisté jusqu' à nos jours, et pour le cas de la péninsule Ibérique c' est très simple: on aurait annihilé ses habitants dont une minorité se serait réfugié dans les montagnes, au nord. Une autre aurait aussi vécu avec les sarrasins, dans les ténèbres, comme les chrétiens primitifs dans les catacombes. Les montagnards asturiens avaient fondé un royaume qui se développa petit à petit au prix de grands efforts. Ils reconquirent, repeuplèrent, rechristianisèrent le territoire perdu par leur ancêtres. Il s' agissait d'une contre offensive qui dura 7 siècles, dont surgira ensuite l' Espagne moderne.
Ce subterfuge fut mis en pièce par des études historiques initiées depuis plus d'un siècle, mais se maintenait en vie parce qu'on n' avait aucune idée d' une autre conception pour la remplacer. Quand on a lu les chroniques berbères et que l'on a su le nombre très faible des envahisseurs, ce fut l' étonnement général. Deux ans plus tard, Ortega y Gasset mettait le couteau dans la plaie en affirmant qu'une Reconquista qui aurait duré 7 siècles ne pouvait être une reconquête. On devait réduire l' importance du problème militaire aux incidents de la vie quotidienne. Il fallait plutôt se focaliser sur ce problème d'un point de vue culturel. Selon l' évolution des idées qui avait précédé cette prétendue invasion, la péninsule Ibérique s' était convertie en un lieu favorable à la compétition millénaire entre les civilisations sémites et indo-européennes.

Une soudaine déchristianisation

Pourtant le vrai problème se maintenait toujours debout: celui de masses chrétiennes subjuguées par l' Islam et la civilisation arabe. Si la force aurait obligé des baptisés à se convertir à l' Islam, pour quelle raison les même causes n' ont pas produit les mêmes effets sur les juifs qui étaient aussi sous leur joug? Ce fait est indiscutable, le cours des siècles a fait disparaître les populations chrétiennes du Maghreb et de la majeure partie des territoires islamisés. La famille juive, qui est aussi sémite, et a aussi été persécutée, avalisée, chargée d' impôts, a conservé sa cohésion et s' est maintenue dans cette région et se maintient jusqu' à aujourd'hui. Est ce que la foi des chrétiens était plus faible que celle des juifs? En vérité, ce problème a très peu inquiété les historiens. Dominés par la routine, ils avaient accepté des fables sans s' efforcer à les comprendre, ou a les expliquer; ce que Georges Marçais avait du mal à avaler, selon lui l' islamisation de la Barbarie pose un problème historique que nous ne pouvons espérer résoudre....Ce pays avait été l'une des terre où le christianisme avait le plus augmenté. Introduit à Carthage et dans les villes du littoral, il s' était étendu dans les terres. Tertullien disait au début du II ème siècle: "Nous sommes en majorité dans chaque villes". L' Eglise africaine comptait déjà de nombreux martyrs, Saint Cyprien, Saint Augustin...et la la religion chrétienne n' avait pas que des adeptes dans les villes; de très nombreux petits sanctuaires dont les ruines ont été trouvées en Algérie le témoignent. Mais la conversion s' est terminée durant les deux ou trois siècles suivants, de manière totale et définitive. Comment expliquer cette déchristianisation et de son corollaire: l' islamisation?

Explosion d'une religion urbaine

Le même problème se pose aussi pour les régions orientales qui possédaient la plus ancienne tradition chrétienne. Comment des nations comme l' Egypte, la Palestine, Syrie et autres provinces de l' Asie Mineure appartenant à l' Empire Byzantin s' étaient converties au mahométisme du jour au lendemain? Pourquoi avaient il admis la loi religieuse du nomade? Des travaux récents démontrent que l' Islam a toujours été une religion très urbaine, et Xavier de Planhol apportait un argument saillant: le nomade à une mentalité rebelle. Quelques fois selon ses intérêts et d' autres fois selon ses caprices, et on ne peut pas le présenter comme un exemple de religiosité, ceci valant pour autrefois et aujourd'hui. Pour cette raison, l' Islam s' était cristallisé dans les villes et non dans le désert. Les anciennes provinces de l' Empire Byzantin jouissaient d'une vie urbaine importante selon Emile bréhier: "on a calculé que les villes de 100 000 habitants n' étaient pas exceptionnelles en Asie Mineure, en Syrie, en Mésopotamie, en Egypte, avant l' invasion arabe." Alexandrie comptait 600 000 âmes, et on a calculé que la population d' Antioche durant l' époque romaine était de 500 000 habitants, mais a du souffrir une crise durant les temps de Saint Jean Chrystotome car elle devait alors compter 200 000 habitants mais s' est ensuite développée jusqu' aux 300 000 âmes durant le IV ème siècle. Toujours selon Bréhier: "Selon la liste épiscopale attribuée à Saint Epiphanie, qui date en réalité du début du VII ème siècle, des 424 évêchés dépendants de Constantinople, 53 appartenaient à l' Europe, 371 à l' Asie." Ce dernier chiffre correspond plus ou moins au nombre de villes touchées par le mahométisme. Le patriarche d' Alexandrie, qui était le plus puissant dirigeait 10 métropoles et 101 évêchés, motif pour lequel il était a juste raison nommé "le Pape"; et le patriarche d' Antioche qui administrait la Syrie, l' Arabie, la Silicie et la Mésopotamie avait sous sa juridiction 138 évêchés, comme l' indique une source attribuée au patriarche Anastase (559-598).
D' un autre coté, hors des villes, l' expansion dans les régions périphériques s' est fait très lentement, comme l'a démontré Georges Marçais pour l' Afrique du Nord. Si les luttes politiques ont nécessité 150 ans de luttes acharnées, et que la diffusion de la langue arabe avait demandé plusieurs siècles, les musulmans n'ont jamais réussi à déplacer les langues indigènes qui se parlent encore de nos jours, même le latin a résisté. Un texte d' Al Idrisi de la moitié du XII ème siècle, c' est à dire 400 ans après la prétendue invasion, affirme qu' on utilisait constamment le latin dans le sud tunisien. A Calsa, cet érudit géographe nous informait que la majorité des personnes parlaient la langue latine-africaine.

La plume est décidément plus forte que l' épée

Pour comprendre l' expansion de la civilisation arabe, il est indispensable de comparer ce mouvement d' idées avec des phénomènes similaires ayant existé dans d' autres époques. Quelle est la différence entre l' expansion de l' Islam avec ce qui s'est passé avec la diffusion de la civilisation grecque ou de la culture romaine? On a par exemple cru que cette gigantesque organisation qu' était l' Empire Romain avait été l' oeuvre des légions, ce qui est évidemment une exagération. Sans diminuer son importance, il faut reconnaître que la lutte des opinions et la prédominance des idées les plus puissantes, sont d' autres raisons. Durant la compétition qui a existé durant plusieurs millénaires entre les civilisations sémites et les indo-européennes, le poids des grandes villes et des conceptions politiques et sociales qu'elles représentaient étaient plus importantes que le geste du romain tirant sa lance. En réalité, Carthage n' a pas été vaincue à Zama, il s'agissait bien plus d'une rencontre belliqueuse où le résultat demeurait imprévisible, il s'ouvrait alors une trêve qui laissera place à une très longue rivalité culturelle. Selon Emile Félix Gauthier dans Moeurs et coutumes des musulmans, on a découvert en Afrique du Nord les fondements sémites de la culture carthaginoise qui a soutenu l' expansion de la civilisation arabe. (1) Finalement, l' épopée d' Hannibal avait été un feu de paille..pourquoi? Parce que dans la compétition des idées à ce moment là, l' apport de la culture sémite était bien plus modeste, et cette infériorité se manifestait déjà durant les guerres puniques. L' Espagne était un grand témoin de ce fait. Le Sénat trouvait des alliés enthousiastes dans les villes du littoral du Levant espagnol, bien avant d' avoir envoyé des légions sur le sol de ces futures provinces romaines. Ce qui démontre que malgré la distance, Rome s' était convertie en un centre d' attraction d'une importance extraordinaire. Ainsi, d'un point de vue culturel ou intellectuel, les légions n'ont pas imposé le latin, il s' est propagé en Occident pour une supériorité linguistique sur celle parlées par les autochtones. Et malgré les légions, le latin n' a pas pu s' établir en Orient pour la concurrence de la langue grecque, envers laquelle il était inférieur. A une époque où les armées grecques avaient disparues depuis longtemps et restait un souvenir confus et lointain, leur langue et leur littérature atteignaient leur apogée, la civilisation hellénique débordait sur les bords de la Méditerranée.
Une comparaison identique pourrait se faire quand on observe la diffusion de la civilisation arabe durant ces années qui ont succédées à la période obscure des prétendues invasions barbares. Quand en Orient la supériorité militaire arabe n' était plus que l'ombre d' elle même, cette civilisation poursuivait son expansion dans les hauts plateaux d' Asie Centrale et au large de l' Océan Indien. Ce furent les turcs et non les arabes qui prirent Constantinople; et en fin de compte, la basilique de Sainte Sophie fut convertie au culte de Mahomet, et pas une autre croyance asiatique. Durant le XV ème siècle et le XVI ème siècle, l' Islam s' est étendu en Indonésie sans aucun appui militaire et a pénétré dans l' Afrique sous les yeux des administrations françaises, anglaises et portugaises, et jusqu' à des temps modernes où le mahométisme progresse en Afrique et en Europe. Cette observation contemporaine et des temps modernes de cette expansion permet de comprendre cette même extension chez les anciens. Il n'existe aucune raison,- ou bien elle reste inconnue-, pour que cette propagation d'une idée identique n' ait pas été similaire au mécanisme actuel, durant le XVI ème siècle comme le VII ème siècle. Les historiens se sont dernièrement rendus compte que l' Islam ne s' était pas étendu seulement par la contagion naturelle d' une idée forte, mais aussi par l' action d' une classe déterminée. On le sait, dans cette religion il n' y a pas de sacerdoces, ni de prêtres missionnaires qui se déplacent dans des pays lointains pour prédiquer les mystères de leur foi, ni d' une organisation bureaucrate comme celle que maintient le christianisme à Rome. L' idée forte de l' Islam avait été transmise par un moyen beaucoup plus rapide: le commerce, qui servait de lien entre des nations lointaines l'une de l'autre, certaines études mettent en évidence le rôle joué par les classes marchandes dans la divulgation des enseignements de Mahomet. En vérifiant le passé, ce fait se confirme de nos jours par cette observation en Afrique Noire, dans des lieux éloignés et isolés des manifestations de la culture occidentale.

(1) Avec d' autres traditions carthaginoises, l' auteur donnait deux exemples: la main de Fatima qui servait d' amulette pour porter chance aux petits enfants, et le croissant de lune qui était en Syrie et à Carthage le symbole de la déesse Tanit.

Muhammad Al Shaybani

Avant les protestants, l' islam s'est fondé sur une mentalité capitaliste

Goitien démontrait l' importance des marchands durant les premiers jours de l' Islam. Le Prophète lui même était un commerçant. Abu Bakr, le premier calife, était un trafiquants de tissus, Othman, le troisième calife était importateur de céréales. De cette époque, nous vient une littérature qui se centre de préférence sur les sujets économiques. La personnalité la plus importante a été Muhammad al Shaybani, mort en 804-805; ses textes nous enseignent que la classe des commerçants était supérieure à celle des militaires. Abu Saïd Janabi, mort en 845, affirmait: "je préfère gagner un dirham avec le commerce que recevoir dix dirhams de la solde d'un guerrier." Et comme le confirme Goitien: "Durant les premiers temps c' était surtout les marchands qui s' occupaient du développement des sciences religieuses de l' Islam."
Ce genre de cas n' est pas une exception dans l' histoire, cet auteur soulignait que cette disposition d' esprit  avait déjà joué de grands rôles dans l' expansion d' autres mouvements d' idées. "Des situations similaires pourraient se trouver dans l' histoire des phéniciens, des grecs, des villes italiennes du Moyen Age." Plus encore, il faisait un parallèle entre les auteurs arabes des premiers temps de l' Hégire et certains écrivains anglo-protestants du XVIII ème siècle, considérés comme les précurseurs du capitalisme. En effet, malgré la grande distance du fossé physique et intellectuel qui les sépare, ils coïncident sur un même concept: le commerce est un acte qui réjouit Dieu, l' enrichissement est la récompense, et le pouvoir de l' argent facilite l' expansion de l' idéal religieux.

Le rôle prépondérant des mouvements d' idées sur notre histoire

La génération, la croissance, la maturité et la décadence des civilisations dépendent en grande partie de la genèse, de la diffusion, de l' apogée et du déclin des idées fortes; en un mot, son évolution concordante avec les cultures qui composent une civilisation. D'un magma créateur surgissent les idées fortes et rivalisent entre elles comme des structures vivantes. Certaines d' entre elles dominent d' autres concepts plus fragiles, inopérants, périclitants ou décalés et se forment en un syncrétisme qui représente le point culminant de cette évolution et atteint à ce moment là son expression la plus sublime. Ensuite ces concepts se durcissent et perdent de leur élasticité première jusqu' à montrer des symptômes subtils d'une sclérose progressive et en arriver en conséquence à la décadence et voir dégénérer ces idées fortes.
Les faits matériels et idéologiques qui structurent une unité historique que nous nommons civilisation, déterminent amplement le sens de l' évolution des événements, car ils se trouvent dans une relation causale avec les idées qui dirigent les actions des Hommes et de la société. Ceci ne veut pas dire que ces dernières produisent elles mêmes les événements d'une manière directe. Ceci arrive parfois de temps en temps, et soudaine est alors son action; dans des situations plus normales les idées agissent lentement mais parfois de manière plus efficace. Le hasard des circonstances favorise aux idées dominantes, les actes qui sont à leur portée et neutralisent les contraires. Par cette action double, positive et négative, les idées dirigent les phénomènes sociaux vers une fin déterminée, et canalisent le flux de ses activités de manière imprécise au départ. En d' autres termes, les événements dont le sens se trouve dans l' orientation imposée par l' évolution de ces idées fortes élargissent de manière extraordinaire leur champ de radiation; et ceux qui se caractérisent par une signification opposée se retrouvent immobilisés, leur influence faibli et en peu de temps leur impact se réduit à rien. 
Si l'on considère la civilisation arabe comme un tout, on s' aperçoit que son noyau est une conception religieuse de la vie, avec des caractères propres et dominants. Il faudra alors chercher la genèse des idées fortes qui construit le complexe religieux du VII ème siècle. On pourrait débattre si cette ambiance est la cause ou non de l' action de Mahomet, Il semble que l' inspiration du Prophète a été en grande partie un acte personnel, indépendant du milieux où il se trouvait, résultant de son exubérance vitale. Mais il n'y a aucun doute que la propagation des enseignements du Coran s'est réalisée en fonction de cette crise religieuse qui existait de manière plus ou moins forte dans les régions où l' Islam s' est cristallisé, ce qui explique sa rapidité de diffusion, qui reste relative de notre point de vue, puisqu' elle dépendait des distance et des moyens de communication du moment.

On peut maintenant déduire quelques propositions autour de l' expansion de l' Islam et de la civilisation arabe en Espagne:

-Durant le Haut Moyen Age, il a existé dans le sud de la Gaule, de la péninsule Ibérique et en Afrique du Nord, un climat similaire à celui qui se manifestait dans les provinces byzantines. C' était la conséquence d'un complexe religieux qui avait commencé bien avant.

-Cette ambiance a permis l' expansion de l' Islam et de la civilisation arabe dans ces territoires. Mais en raison de la distance et des autres circonstances, il devait forcément exister un décalage entre le moment où la civilisation arabe s' est cristallisée Orient et en Occident. Ceci peut se démontrer historiquement et par ce que l'on sait des activités religieuses, culturelles et sociales à cette époque dans la péninsule Ibérique, on peut affirmer que la structure d'une culture arabique commence à se manifester durant la moitié du IX ème siècle; c' est à dire avec deux siècles de retard par rapport à l' Orient.

-Le processus d' évolution qui a permis le passage de la genèse d'une idée forte à sa totale splendeur a été plus long en Occident qu' en Orient.

Pour cette dernière raison, l' étude présente sur la supposée conquête de l' Espagne se révèle bien plus accessible que la supposée conquête en Orient, si on veut en identifier l' idée genèse, puisque l'idée initiale n'y aurait pas été souillée par des réflexes fulgurants des idées fortes secondaires et conséquentes. Celle ci se manifeste jusqu' à ce qu' elle génère une mentalité particulière, et évolue ensuite en une opinion pré-musulmane, composant un grand parallèle avec d' autres manifestations intellectuelles et culturelles. 
On se trouve donc en présence d'une véritable culture dont la genèse et l' adolescence ont eu lieu durant l' époque que l' on nomme wisigothe, dont les idées fortes ont évolué jusqu' à la civilisation arabe. La même chose est arrivée aux anciennes provinces de Byzance, enrichies par les enseignements de l' Ecole d' Alexandrie.
L' Islam et la civilisation arabe s' est propagée dans la péninsule Ibérique comme en Orient, en accord avec le même processus d' évolution. Il n' y a ici aucunes mutations. Le syncrétisme musulman était la conséquence d'une très longue dépuration des idées monothéistes dont l' origine se perçoit clairement dans les premières hérésies chrétiennes, et la genèse de la civilisation arabe était un corollaire de la byzantine, à ce moment divergents, mais bien synchrones. Mahomet n' avait pas envahi l' Arabie avec des troupes étrangères pour convaincre ses concitoyens, mais avait bien suscité une guerre civile. La même chose se déroulait en Espagne et ailleurs dans le monde byzantin, où les agressions militaires de grande envergure, propres à des Etats très puissants étaient très rares. Les arabes étaient dans l' incapacité de reproduire de telles entreprises, il s'agissait bien d'une crise révolutionnaire.

L' Homme, cet être limité qui observe son passé

L' être humain est doté de sens appropriés à l' échelle de sa structure particulière, et ainsi, en raison de sa constitution physiologique, il tend à croire en l' immuabilité de ce qui l' entoure. Comme dans ses observations illusoires des étoiles, du soleil, de la terre, de l'univers où en fait rien n' est stable. Ce dernier est toujours en mouvement et le changement est la grande loi de dame nature. Fontenelles, dans ce langage exquis employé par les français du XVIII ème siècle, expliquait à son amie la marquise, qu'il s'agissait d'une question de proportion relationnelle. Si les roses, disait il, dont la vie est si brève, auraient une conscience, elles auraient supposé que le jardinier était éternel puisqu' elles ne le voyaient jamais vieillir. Cette leçon n' a jamais été retenue par les historiens, qui ont pendant très longtemps conçu les événements du passé avec des critères immobilistes. 
Bien sur les générations se succèdent les unes aux autres, et les Hommes de l' Antiquité ou appartenant à des civilisations éloignées dans l' espace et le temps, avaient un intellect similaire, et des réactions identiques, avec la même idiosyncrasie que l' actuelle. Pourtant, une meilleure connaissance de l' évolution des idées démontrait qu'il n' en était pas ainsi. Parfois, un abîme pouvait séparer des générations qui n' étaient pas temporellement éloignées entre elles. A court terme, la manière de penser et de vivre de la population d'un territoire pouvait changer, et pour cette raison, il existait dans le monde des concepts, de véritables séismes qui avaient fait effondré d' importants édifices construits laborieusement au cours des siècles. Et en conséquence, d' autres structures s`étaient levées sur les ruines des antérieures.
Nous aurons l' opportunité d' apprécier une de ces gigantesques mutations spirituelle et intellectuelle. Il faut cependant souligner que ces cataclysmes n ' étaient pas le fruit d' une action exclusivement intellectuelle. Souvent, un séisme de dame nature avait devancé celui des idées fortes, il ne s' agissait pas de phénomènes sismiques locaux aux répercussions limitées. Il s' agissait de catastrophes aux effets bien plus terribles, capables de détruire des civilisations; une intense transformation du paysage qui avait servi de cadre naturel à leur habitants. On peut aujourd' hui comprendre le mécanisme de ces phénomènes, et leur répercussions. Nos connaissances actuelles démontrent l' importance des liens qui unissent l' Homme avec l' environnement dans lequel il vit.

A suivre...

Ce texte est une traduction partielle du livre de l' historien espagnol Ignacio Olague, "Los arabes no invadieron a España."

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