Les arabes ont ils vraiment conquis l' Espagne? 2ème partie


Pleins feux sur les sources historiques


L' Adadith al Imama Wa-'s-siyasa


Analyse des sources disponibles

Ceci pourra surprendre, bien que les historiens soient restés de glace, il n' existe aucun témoignage contemporain à l' invasion de l' Espagne, qui ai une relation avec ces événements, qu'ils soient chrétiens ou musulmans. Cette grande absence de sources contemporaine à la mythique invasion musulmane se retrouve pour les conquêtes en Afrique du Nord, au Moyen Orient, même du coté byzantin. Une drôle de coïncidence à fait qu'il n' existe aucun texte témoin de cette époque de grande effervescence religieuse, qui a sans aucun doutes vu beaucoup de luttes, dont la passion aurait fait détruire tous les documents susceptibles de nuire aux idéaux défendus dans de terribles guerres civiles.
Louis Bréhier(1868-1951) dans Le monde byzantin, grand expert de l' Empire Byzantin du V ème au XV ème siècle affirmait qu' "avec l' aide d'une série de chroniques, d' histoires politiques, de biographies, de mémoires conservés en grand nombre et d' excellents codex, il n'y a rien que nous pourrions ignorer de l' histoire de Byzance. Chaque siècle a produit une chronique et un historien. Il existe seulement un vide de la fin du VII ème siècle jusqu' aux débuts du IX ème siècle, période des invasions arabes et de luttes iconoclastes. Les chroniques de cette époque ont été perdues, cependant des oeuvres ultérieures nous renseignent sur ces événements." Ces oeuvres postérieures n'offrent finalement pas plus de d' indices, de Byzance jusqu'à Tolède, sachant qu'il est très difficile de dépeindre un état d' esprit, une opinion disparue. Des faits concrets comme un tremblement de terre, la mort d'un souverain, une épidémie, le siège d'une grande ville, une éclipse, produit un impact dans l' esprit et peut s' inscrire dans des mémoires. Une idée, une opinion "dans l' air", qui se transforme ou disparaît, ne laisse aucune trace, surtout en ces époques où les documents écrits étaient rares. Ainsi, les historiens ont par exemple eu toujours beaucoup de mal à établir l' ambiance du XVI ème siècle, moment de disputes religieuses et de guerres civiles. Malgré le fait que ce soit une époque plus récente que l' invasion arabe, on ne la connaît un petit peu mieux que depuis quelques décennies. Si ces chroniqueurs byzantins avaient pu concevoir, comment et pourquoi un grand nombre de leur ancêtres, surtout ceux des provinces asiatiques, ayant la même tradition culturelle, s' étaient convertis à d' autres complexes d' idées religieuses évolutionnant jusqu' à l' Islam, leur certitudes se seraient certainement effondrées, ainsi que leur convictions religieuses. La difficulté de transcrire des faits survenus 200 ans ou 300 ans auparavant se reflète pour toutes les sources, chrétiennes et musulmanes. Pour cette raison l' usage du mythe convenait à tout le monde, surtout quand le dogmatisme rigide régnait chez les deux camps. C' était plus facile pour le chrétien de raconter qu'une puissance ennemie, éloignée et anonyme avait envahi une partie du territoire que de confesser l' existence d' un mode de pensée différent au sien qui avait dominé ces régions et avait reçu l' adhésion d' une grande partie de ses ancêtres. 
En Espagne, c' est l' historien du XIII ème siècle, Jimenez de Rada qui a définitivement instauré le mythe de la conquête musulmane, en faisait une sauce occidentale assaisonnée à l' orientale: les populations victimes du feu et de l' acier avaient été punie par le Ciel pour les péchés commis lors du règne des rois Goths. Après, s' est joint le roman, l' histoire de la séduction (d' autres sources parlent de viol, et d' autres d'une dame aux moeurs légères)  de la fille du gouverneur byzantin, Julien, par Rodéric, la goutte qui fait déborder le vase. Pour venger l' honneur de sa fille, Julien aurait aidé les musulmans a débarquer sur les cotes andalouses. La colère divine se serait alors déchaînée, laissant d' imposantes vagues de cavalerie arabe terrasser et désoler le pays.
Il a déjà été dit que, même pour la péninsule ibérique du VIII ème siècle, il n' y a aucun témoignage contemporain de l'invasion arabe. Beaucoup d' historiens considèrent toujours les chroniques mozarabes de Isidoro Pacense,- texte supposément daté en 754-, comme une source authentique et fiable. Pourtant dès la fin du XIX ème siècle, Henry Wace avait dévoilé le caractère mythologique de son auteur, et de ce manuscrit publié pour la première fois en 1615. Les premiers témoignages sur cette conquête de la péninsule datent de 150 ans (IX ème siècle) après les faits, relèvent presque toujours un grand caractère fantasmagorique, mais peuvent insinuer un certain reflet de ce qui s' était passé. Dans cette thèse, seules les chroniques latines antérieures au XI ème nous serons utiles.
Du coté musulman, les chroniqueurs ultérieurs aux mythiques conquêtes -qui n'ont certainement pas plus compris ce qui s' était réellement passé-, ont préféré exalter les prouesses de leur ancêtres, afin d' enflammer l' amour propre collectif et l' intervention de la Providence qui aurait donné aux "vrais" croyants la supériorité martiale. C'est que, pour l' Islam, la mythique conquête a toute son utilité théologique. On reviendra plus loin sur ce que nommait Georges Marçais "la contre reforme musulmane", un mouvement d' idées que le Maghreb et l' Espagne stabilise au XI ème, pour fixer la croyance islamique au XII ème siècle. Avant ces dates, le dogmatisme de cette nouvelle religion ne régissait pas encore sur ces régions, car le fossé qui sépare aujourd' hui le christianisme de l' Islam n' était pas encore infranchissable, et restaient entremêles, comme nous le verrons aussi plus en avant. Ainsi, l' objectivité des sources musulmanes du XI ème siècle ou plus, au sujet de leur anciennes conquêtes, reste largement discutable. Les seuls sources arabes antérieures qui peuvent rester intéressantes sont les oeuvre d' Ibn Khaldoun (1332- 1406).
Pour cette même raison, les sources berbères présentent le même défaut que les textes arabes, dont le prototype est Ajbar Machmua, qui écrivait en 1004, un ensemble de récits incohérents, d' aventures vécues par des ancêtres marocains, débarqués dans l' Espagne du VIII ème siècle, des exploits embellis et exagérés par chaque nouvelle génération de chroniqueurs. Du faits de ces grands changements dogmatiques au Maghreb et en Espagne, de la part des autorités musulmanes en Egypte de l' époque, il y a une grande différence entre les sources berbères antérieures au XI ème siècle, et les sources postérieures, les premières bien moins dogmatiques, parfois laïques, sont des manifestations des traditions locales.
Les sources égyptiennes, qui ont apparemment fait autorité dans le monde musulman à partir du XI ème siècle, pour décrire les conquêtes musulmanes, débutent au IX ème siècle et reflètent parfois, à ce moment, des concepts plus anciens que les dates de rédaction, mais reprennent les éléments du mythe. Certaines d' entre elles sont a reconsidérer:

-Une chronique sur l' histoire de la conquête d' Egypte par les arabes, écrite par Ibn Abd El Hakem mort en 871, a servi de modèle pour la description de prétendue invasions ultérieures. Ces fables merveilleuses ont été reprises par des auteurs berbères comme Ibn Al Kotiya et des auteurs arabes comme Ibn Idhari ou Al Maqqari, etc

-Les écrits historiques d'Adbelmalik Ibn Habib, théologue musulman espagnol, mort en 835, ont démontrés avoir été en fait rédigés par son disciple Ibn Abi Al Rica, par Reinhart Dozy au XIX ème siècle. En accord avec certains événements mentionnés -comme la menace de la rébellion d' Umar Ibn Hafsun sur Cordoue-, ce texte aurait été rédigé en 891.

-La chronique du Adadith al Imama Wa-'s-siyasa, relatant des faits concernant le pouvoir spirituel et temporel avait été attribué par beaucoup au fameux écrivain Ibn Qotaiba (828-889). Encore une fois, Dozy démontrait qu'elle avait été composée en 1062, et possède la même ambiance fantastique que les précédentes.

D' un point de vue documentaire, ces textes n' ont strictement aucune autorité, ils sont seulement utiles pour reconstruire les racines du mythe de l' expansion de l' Islam dans le monde. Si on enlève les sources égyptiennes et les textes fantaisistes qui les reproduisent, les sources arabes intéressantes se comptent sur les doigts.  Il ne faudra cependant pas se faire d' illusions, comme Levi-Provençal le rappelle en 1951: "les chroniques arabes apportent plus de détails que les chrétiennes sur le regne de Rodéric, le dernier roi de Tolède. L' une et l' autre sont naturellement postérieures au VIII ème siècle, et les faits qu' elles relatent paraissent d' une authenticité suspicieuse.

Cette observation très juste faite par un auteur qui jouisse d'une grande autorité malgré le fait qu'il ne soit pas détaché du mythe de l' invasion, permet de juger la portée historique de ces manuscrits. Il serait téméraire de se fonder sur eux pour s' efforcer de reconstruire les événements du VIII ème siècle. De manière savante, on doit se contenter d' en savoir plus sur les termes de leur évolution. Comme on pourra le constater plus loin, la lecture de ces textes est insuffisante pour résoudre ce problème, le danger d' égarement se cache derrière chaque mots. Pour que ce soit utile, il est nécessaire d' employer deux méthodes critiques différentes: premièrement il faut percevoir l' ambiance qui se dégage de ces chroniques, par laquelle il sera possible d'en faire ressortir les racines du mythe et nous approcher de faits authentiques. Deuxièmement, on se doit de reconstruire le contexte historique, par lequel il est nécessaire de cadrer les faits rapportés dans l' évolution générale des modes de pensée qui dominaient à cette époque, qui ont donné un sens à ces événements. 

Le coté "fabuleux" des sources latines

Les chroniques latines se caractérisent, comme il a été dit, pour leur fantasmagorie religieuse, décrites avec une grande innocence, et se démarquent des sources andalouses du X ème siècle et des sources berbères. Ces sources chrétiennes ont donc le point commun, avec l' Islam, de se cacher derrière un raisonnement théologique; dans les deux cas il s' agit d' une intervention divine. Pour les uns, une punition pour des péchés commis, pour les autres, la Providence favorisant l' expansion de l' Islam. Les connaissances actuelles nous enseignent que les événements du VIII ème siècle sont le fruit d' une compétition religieuse, qui surpasse et absorbe les actes politiques qui alors sont devenus secondaires.
Il a toujours été difficile de reconnaître une défaite, et ces sources devaient expliquer à ses lecteurs ce terrible échec. De tous temps, s' est imposé le laconisme pour confesser sur parchemin ou sur papier ces vérités douloureuses. Pour les chroniques latines en question,l' irritation est telle que les auteurs désignent toujours de manière paresseuse l' ennemi; "les hérétiques", ou "les chaldéens", ou encore "les arabes", mais aussi les "sarrasins";  et il n' y a aucune allusion à un Etat étranger qui aurait envoyé ses troupes. Ces sources relèvent aussi toujours d'un caractère local, qui ne débordent jamais les limites de leur région déterminées, et dont il est difficile d' en déduire une vision globale, au niveau de la péninsule.
Ainsi, après avoir été intimidés dans leur condition de vaincus, les chroniqueurs latins on récupéré dès le IX ème siècle leur style qui dominait dans les textes antérieurs de l' époque wisigoth. Elles possèdent la même contexture où se répand le merveilleux et les contes de bonnes fées. Ici un exemple typique, en 587, quand Récarède 1er abjurait l' arianisme, des partisans de cette hérésie se révoltaient. Ces ariens habitaient les régions nommées "l' entité pyrénéenne", et prenaient les armes en Catalogne et en Septimanie. Selon le témoignage de Juan de Biclara, qui écrivait un an avant de mourir, en 590, ils étaient appuyés par les comtes Granisto et Wildigerio, secondés par l' évêque Atalogo. Le roi qui résidait à Tolède envoya le duc Claude, gouverneur de Lusitanie, pour les soumettre, et réussi à écraser cette insurrection. Selon ces chroniques, les hérétiques étaient 70000 et l' armée victorieuse.....300!
Durant les années de l' invasion eu lieu une bataille à Covadonga, proche de grottes dédiées à la Vierge, selon Alphonse III d' Asturies. Les chrétiens sont opposés à un ennemi successivement nommé, "chaldéen", ensuite "arabe". Ils les mettent en fuite, 124 000 soldats ont été terrassés, et 70000 réussissent à s' échapper dans les monts des Asturies. Harcelés dans une vallée qui pourrait être celle de Deva, un bout de montagne s' effondre sur eux et les enterrent. Ce genre de témoignages est loin d' être une exception, et cette chronique nous rassure plus loin: "Ne pensez pas qu'il s' agisse d' un stupide miracle ou d'une fable. Souvenez vous comment sur les bords de la Mer Rouge,le ciel a sauvé Israël de la persécution des égyptiens; la même chose est arrivée quand une énorme masse de montagne à écrasé ces arabes qui pourchassaient l' Eglise du Seigneur.
Dans un texte anonyme ultérieur à l' histoire des Goths, on peut lire une histoire extravagante de Mahomet. Ce texte avait été attribué à Ildéfonce, mais on sait aujourd'hui qu'il a été écrit 200 ou 300 ans après sa mort, vers 667:"Une partie de ce qui va continuer inclut l' histoire de Mahomet, on dit qu'il vint en Espagne prédiquer ses erreurs, qu'il prit chaire à Cordoue. Saint Isidore était parti à Rome et su en revenant que le nouveau prédicateur était dans sa région, et envoya des ministres pour l' arrêter; mais le démon apparut devant ce prophète et le prévint pour qu'il puisse fuir..."

La mythique rencontre entre Muza et Tariq


Des sources berbères très romanesques

Ces chroniques postérieures à la contre réforme musulmane XI ème siècle ont le trait commun d' une grande difficulté à en extraire d' authentiques événements historiques. On est encore dans le domaine de la fiction, mais cette fois ci, plus romancé que les chroniques latines, on trouve une suite d' historiettes historiquement incohérentes, jugez par vous même...Peu de mois après avoir héroïquement conquis l' Espagne, Moussa et Tariq eurent une dispute violente. A tel point qu'ils se virent obligés d' aller tous les deux à Damas pour se justifier devant le Califat, laissant le pays à l' abandon sans le commandement d'une autorité reconnue, ce qui est déjà invraisemblable. N' allez pas imaginer que les causes de cette altercation soient une divergence d'opinion ou des de graves problèmes politiques que la domination d' un aussi grand territoire pouvait contraindre, rien de cela. La querelle avait pour cause la propriété d'une grande table de grande valeur se trouvant dans le trésor des wisigoths trouvé à Tolède. Il s' agirait d'une table ayant appartenu au roi Salomon. Walid Ibn Abd Al Malik (668-715) venait de mourir, et son frère Sulayman le succéda au trône et du résoudre le litige. Tariq accusa son chef, c' est lui qui avait trouvé ce meuble merveilleux. Moussa, jaloux de ses exploits ne lui avait pas seulement pris ce bien, il lui avait aussi fait une croix au visage avec une cravache. Moussa se défendit en répondant que c' était mérité par ce que Tariq avait constamment enfreint la discipline. Tariq dit alors que Moussa l' avait frappé parce qu'il manquait un pied sous la table. Qui était le premier à avoir trouvé cet objet inestimable? Soudainement, Tariq sortit de son manteau la preuve irréfutable qu'il était bien le premier à l' avoir trouvé......il avait en main le pied de cette table, qu'il avait lui même cassé... 
Moussa fut condamné. En récompense pour ses conquêtes d' Afrique du Nord et d' Espagne, et malgré sa vieillesse, il reçu une fustigation à coup de bâtons qui l' achevèrent. Pour Ajbar Machmua, il aurait simplement payé une amende importante mais la déception aurait aussi tué Moussa. Tariq a pris sa table, et est partit, l' on ne sait où. Comme Moussa, Tariq s' évapore de l' histoire, puisque aucun des deux conquérants ne reviendrons un jour en Espagne, quand leur présence parait indispensable pour mettre un terme aux rivalités qui échauffaient leur subalternes. En accord avec ce qui est raconté et ce que l'on sait, ces querelles entre arabes se sont converties en guerres civiles qui ont duré rien de moins que 70 ans.

Les premières chroniques andalouses sont de tradition égyptienne

Le tout premier chroniqueur andalou, Abdelmalik Ibn Habib, raconte lui même dans ses textes historiques comment il est partit au Caire pour étudier avec des maîtres égyptiens. Cela se passait durant la première moitié du IX ème siècle, et l' hispano-musulman admettait que le rôle de Moussa dans la conquête de l' Espagne avait été transmise par un sage dont il taisait le nom. Le rôle de Tariq avait été transmis par un auteur de la même nationalité: Abd Allah Ibn Wahb. Ainsi d'un point de vue documentaire, le premier espagnol musulman qui décrit les conquêtes de l' Espagne, environs 100 ans plus tard, perpétue les traditions égyptiennes sur le sujet. Ces sources égyptiennes peuvent parfois démontrer des influences de la Septante (ou Bible) et le récit de textes plus anciens que l' Islam. Le fait de reprendre des mythes anciens et de les perpétuer naïvement se trouve dans toutes les périodes de l' histoire. Et les musulmans n'ont pas enfreint à la règle.
Dans les chroniques égyptiennes d' Ibn Abd Al Hakam (803-871) on peut lire: "Quand les musulmans se sont emparés de l' île, les seuls habitants qu'ils trouvèrent furent des homme qui travaillaient dans les vignes. Ils furent capturés. Ensuite, ils tuèrent l'un d' entre eux, le dépecèrent et le cuisinèrent en présence des autres (chrétiens). En même temps, ils cuisinèrent une autre viande dans un autre récipient, et quand ce fut prêt, ils jetèrent secrètement la viande de l' homme et firent servir l' autre viande. Les autres travailleurs des vignes en voyant cela ne doutèrent pas que les autres mangeaient la viande de leur compagnon. Ils furent remis en liberté et informèrent dans toute l' Espagne que les musulmans mangeaient de la chair humaine et racontèrent ce qui était arrivé avec l' homme des vignes."
Ce texte égyptien va servir comme grande source d' inspiration pour des chroniqueurs arabes et berbères ultérieurs. Souvenons nous par exemple qu' Ajbar Machmua nous décrivait la prise de Mérida par les arabes, -et la combine de la barbe qui change-, et que l' on mentionnait le terme "mangeur d'homme". Ibn Hadari raconte que le prince Ibrahim, fondateur de la dynastie aghlabide, avait aussi grandement bien tiré parti ce "truc" pour conquérir une grande partie du Maghreb duquel il fut souverain en 809. Depuis ces dates, ce mythe du cannibale fait partie du folklore universel, ainsi, plus tard, lorsque les croisés partent chasser les infidèles des Terres Saintes, ils reprennent cette légende à leur bon compte. 
Des récits sur Moussa peuvent le convertir en prophète biblique, les textes d' Abdelmalik Ibn Habib décrivent "comment les prières de Moussa firent tomber les murailles d'une forteresse ennemie sur elle même, comme celles des trompettes de Josué.", selon Dozy.
Pour ces raisons, les sources arabes et berbères ont peu de crédibilité. Aucunes d' entre elles n' expliquent comme s' est produit l'invasion de l' Espagne, en faits les événements historiques ne semblent pas intéresser ces chroniqueurs, on est là pour divertir! De là vient sûrement le jugement très sévère de l' historien Gauthier: "Excepté un demi occidental comme le grand Ibn Khaldoun, les prétendus historiens arabes sont de pauvres analystes, dépourvus de jugement critique, absurdes, secs, illisibles. C'est simple: il n'y a jamais eu d'histoire en Orient." Il est bien plus certain que les historiens arabes n' aient jamais osé remettre en question les préjugés musulmans. Les textes fondamentaux de l' Islam, n'ont par exemple jamais été l' objet d'une analyse. Il a ainsi fallut attendre 1953 pour qu'un arabiste, Régis Blachère se risque à une telle besogne.

En quête d'un contexte historique

Que peut on déduire, après ce bref survol au dessus des maigres sources historiques disponibles témoignant de la conquête de l' Islam?

-A ce jour, il n'existe aucune preuve sur une relation de cause à effet entre un acte militaire, -si il a bien existé- et la présence en Espagne d' une culture arabo-andalouse, mis à part des mythes.

-Les témoignages historiques des événements religieux, culturels et politiques qui entourent les "conquêtes musulmanes" du VII ème siècle au VIII ème siècle  ont totalement disparus, que ce soit pour les arabes, les byzantins et autres chrétiens. C' est à dire qu'il n' existe aucun témoignage contemporain à cette expansion de l' Islam, trahissant ainsi une époque d' immenses tensions religieuses, où tous les documents auraient été détruits, dont l' Eglise chrétienne et l' Islam ont chacune de leur coté, laissé aucunes traces.

-Les sources chrétiennes et musulmanes commencent à commenter au IX ème siècle ces événements antérieurs d' environs 150 ans, toutes les deux s' expriment de manière fantasmagorique et fabulatoire.

Il sera démontré plus loin, comment cette évolution des idées religieuses s' est réalisée dans la Péninsule Ibérique de manière parallèle au même mouvement qui se produisait simultanément en Orient et a débouché sur un mode de pensée pré-musulman; ce qui a permis à la doctrine de Mahomet de se propager rapidement dans une ambiance favorable. Et on peut affirmer qu'il existe bien plus de témoignages historiques démontrant cette évolution des idées, que pour l' analyse de la prétendue invasion.
Il existe par exemple une littérature latine dont la lecture rend compréhensible l' opposition qui a divisé la péninsule Ibérique entre les partisans de la Trinité et les partisans de l' unicité, une rivalité qui peut s' observer depuis le IV ème siècle jusqu' à la moitié du IX ème siècle. L' authenticité de ces textes est indiscutable. Des copies faites durant la vie de leur auteurs, écrites dans d' excellents manuscrits, se gardent des les bibliothèque cathédratiques d' Espagne. Ils composent un ensemble unique. Pour leur originalité, leur qualité, et leur quantité, ces textes se distinguent des autres sources écrites durant le Haut Moyen Age. Composés en latin, en majorité, ces sources appartiennent à l' orthodoxie chrétienne, bien que l' on a conservé certains écrits hétérodoxes. On trouve dans cette littérature, la documentation nécessaire pour suivre l' évolution des idées qui conduisirent à ce qui sera ici nommé le "syncrétisme arien", un mode de pensée qui déterminera les faits des VIII et IX ème siècles; c' est à dire la cristallisation de l' Islam dans la péninsule Ibérique.
On a pas sauvé les oeuvres de Priscillien  par hasard. Les oeuvres au caractère hétérodoxe qui nous auraient permis de suivre les pas d' un état pré-musulman à l' Islam ont été systématiquement détruits. On sait que les livres ariens furent brûlés après la conversion de Recarède
Comme les espagnols ont pris deux siècles pour dominer l' arabe et l' écrire, les textes du VIII ème et du IX ème qui pourraient nous intéresser sont écrits en latin. Mais les chrétiens qui vivaient avec les musulmans, les mozarabes, détruisirent ces livres ariens chaque fois qu'ils les avaient sous les mains pour empêcher la contagion de leur maléfices. Donc, quand sont apparus les textes écrits par des pré-musulman ou musulmans espagnols, ce mode de pensée nommé "syncrétisme arien" avait disparu. Le chaînon manquant s' envolait en fumée. Pour le reconstituer, comme cela arrive très souvent dans l' histoire des idées religieuses, on doit s' appuyer sur les arguments employés par ses opposants pour combattre ces idées, des arguments naturellement tendancieux. Il s' est conservé une partie de la littérature chrétienne mozarabe qui ont été écrites par des auteurs vivant en majorité à Cordoue, durant la moitié du IX ème siècle, dans des codex en excellent état. Ils composent une base déterminante pour atteindre notre objectif. On réunira ces auteurs et ces codex dans un tout que l' on nommera Ecole de Cordoue.

A suivre...

Ce texte est une traduction partielle du livre de l' historien espagnol Ignacio Olague, "Los arabes no invadieron a España."

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