Anno Domini = Ab Urbe Condita?


Mis à part le fait que nous n' ayons pas plus d'éclaircissement sur les termes  "Anno Domini" et "anno Incarnationis Domini", dans le Moyen Age, nous pouvons constater que l' utilisation de ces termes durant le Haut Moyen Age, où l' Eglise démontre par exemple son incapacité à normaliser la date de la fête de Pâques, relève de l' ironie, puisque "la domination de l' incarnation" de Jésus Christ ne commencera qu' au XI ème siècle, où il commencera a être mentionné. Le plus curieux est que comme il a été dit, l'utilisation de ce genre de terme est comme une marque d'autorité, et que durant le Haut Moyen Age, l' Eglise n' utilise pas la marque d'autorité de  l'"'incarnationis" de Jésus, mais utilise la méthode romaine de l'indiction pour se dater, tandis que l'utilisation des termes "Anno Domini" et "anno Incarnationis Domini",  durant la même période est le fait presque exclusif de souverains. Ces rois étaient ils plus dans le besoin de se servir de cette référence supposée au Christ que l' Eglise durant le Haut Moyen Age? Tout porte à croire que non. Est on certains que les termes  "Anno Domini" et "anno Incarnationis Domini" font automatiquement référence à Jésus Christ?

Domini

En latin Domini signifie seigneur, et nos historiens ont attribué tous les "Anno Domini" (l'an du seigneur) et autres "anno Incarnationis Domini" (l'an de l'incarnation du seigneur) du Haut Moyen Age, à la naissance de Jésus Christ, sans même le mentionner, alors que l' ajout de son nom commencera que durant le Bas Moyen Age, et que même les autorités chrétiennes de cette période ne le mentionne pas, ce qui semble peu logique et une telle association, tirée par les cheveux. Malgré le petit nombre de détails examinés depuis le premier chapitre, on peut déjà constater une immense influence culturelle Romaine durant le Moyen Age. Est ce que les Romains ont utilisé les termes "Domini" et "Incarnationis"?
Il faut d'abord savoir qu' Auguste, premier empereur romain, fils adoptif héritier de Jules César, deviendra aussi Pontifex Maximus, c'est a dire chef de la religion, et ce titre (que les papes porteront plus tard) va se perpétuer pour ses successeurs. Cela veut dire tout simplement dire que la religion et l' état sont indissociables dans l' Empire Romain. Le souverain y est une personne sacrée, comme dans beaucoup d'autres sociétés historiques. Plus tard, Septime Sévère va amplifier cet aspect en se faisant couramment nommer dominus ou dominus noster. Lorsque Constantin se convertira opportunément au christianisme, il gardera toujours le titre de Pontifex Maximus. A ce point, il y a déjà autant d'indices qui associent "Anno Domini" avec l' Empire Romain (Septime Sévère et ses successeurs), que d'indices qui associent "Anno Domini" avec l' ère chrétienne (Denys le Petit et Bède le Vénérable). Le terme "Anno Domini" pourrait autant se référer à l' Empire Romain qu' à la naissance du Christ.

Incarnationis

Et le terme Incarnationis? Du latin incarnation, ce terme est toujours utilisé dans un contexte de religion, même si le site "Histoire critique du christianisme romain" remarque que la papauté "fixera l'origine de sa puissance à la date de l'accession de son dieu à l' Impérium, c'est à dire à la date de son Incarnation supposée." ce qui peut associer "Incarnationis" avec " Imperium".(1) Cette remarque audacieuse se justifie totalement par le fait que les Pontifex Maximus de la papauté on démontré être une sorte de continuité avec l' Empire Romain, en utilisant par exemple leur calendrier, de manière exacte, 1000 ans plus tard. Auguste, Pontifex Maximus, a divinisé Romulus, mythique fondateur de la ville de Rome et à en même temps attribué un caractère sacré à l' Empire Romain. Cette "adulation" a t'elle disparue avec lui? Si ce n'est pas le cas comme nous allons le voir de suite, le terme "anno ab incarnationis domini" du Bas Moyen Age peut très bien se référer à "l' an de l'incarnation de notre seigneur", Romulus, à savoir une datation à partir de la fondation de Rome, plutôt qu' à partir de la naissance de Jésus, mentionée de manière anecdotique par Denys le Petit et abandonnée durant presque 500 ans. Quand à Bède le Vénérable, -a qui on prête historiquement "la diffusion de l'ère chrétienne en Europe"-, il faut rappeler qu'il n' a jamais mentionné d'ere chrétienne et qu'il a commencé son récit historique de l' Angleterre par une dédicace et une révérence à "Jules César, Claude, le passé de Rome, dont la création calculée par Varron 753 ans avant la naissance supposée du Sauveur christianisme constitue le point de départ de toute chronologie"(1)

(1) Histoire critique du christianisme romain

Ab Urbe Condita
Ab Urbe Condita, du latin "à partir de la fondation de la ville" est le titre d'un livre de Tite Live qui a écrit toute l'histoire de Rome et son empire depuis sa fondation. Il reprenait les travaux de l'écrivain Varron qui avait daté la fondation de Rome à -753 années avant Jésus Christ. Lorsqu'en 1430, les autorités religieuses "redécouvrent enfin" des textes anciens de l'époque Romaine, ils vont utiliser l' Ab Urbe Condita (AUC) comme référence historique du glorieux passé romain pour dater ces événements. Cette méthode de datation n'a apparemment jamais été utilisée par les romains, ni même Denys le Petit à qui l'on prête la "fixation" de la naissance de Jésus en 753(AUC) alors qu'il ne cite jamais ce chiffre ou le nom de Varron et ne s'appuie que sur le calendrier Dioclétien. Et tout porte à croire que Bède le Vénérable estimait l'idée de l' AUC, en ayant eu sans doutes accès aux écrits de Tite Live et/ou Varron, comme point de départ effectif de toute chronologie, bien plus que l'ère chrétienne qu'il ne mentionnait pas. Evidemment, l'estimation de Denys le Petit en 525 (1278 AUC) de la naissance de Jésus le 25 décembre 753 AUC est plus ou moins exacte selon les indications historiques de la Bible, et on connaît étrangement bien mieux 500 ans d'histoire romaine plutôt que 1000 ans plus récents du Moyen Age. 
Ce qui veut dire que Denys le Petit se trouvait vraisemblablement bien à 247 ans du règne de Dioclétien et à 525 ans du règne d' Auguste ou la naissance de Jésus Christ. Mais pour le reste, il faut admettre avec honnête que nos certitudes sur notre histoire chronologique de notre Moyen Age, sont bâties sur des fondations bien maigres. Avec les indices accumulés précédemment, pour quelle raison pourrait on associer systématiquement l' Anno Domini du Haut Moyen Age à l' ère chrétienne? Peut être parce que ce sont justement les autorités chrétiennes qui sont l'origine documentaire de notre chronologie historique connue?

D' étranges correspondances

Une lecture du superbe site web Histoire critique du christianisme permettra de le constater: la papauté devenue indépendante de l' Empire Romain déchu, a toujours tenté de dissoudre les possibles affiliations apparentes avec l' Empire Romain qui sont pourtant nombreuses.
Les autorités chrétiennes et leur historiens des années 1430 ont très bien pu volontairement ou non, dissocier Anno Incarnationis Domini et Ab Urbe Condita, pour se démarquer historiquement de l' Empire Romain. Cela pouvait aussi utilement allonger l' histoire du christianisme de plusieurs siècles, histoire de pouvoir légitimer facilement sa domination Sans se demander pour l'instant, pour quelle étrange raison on a mis 1000 ans pour retrouver des textes d'une culture qui a continué a imprégner le Moyen Age, l' ancienneté apparente des ruines romaines en 1430 a aussi très bien pu induire en erreur ces historiens qui ont considéré que ces deux termes de datation ne pouvaient indiquer la même chose. Pourtant notre chronologie historique, très souvent confuse comme nous le verrons tout au long de ces articles, ne manque pas de cohérence si l'on considère l' Anno Incarnationis Domini  et l' Ab Urbe Condita comme la même chose. Ainsi certains mystères de la datation Anno Domini du Haut Moyen Age trouvent un nouveau sens quand on fusionne les deux méthodes de datation, ainsi que d' étranges correspondances historiques.


Peut on penser qu'il s'agisse de 4 coïncidences fortuites? Pour en savoir plus, nous allons analyser brièvement l'un de ces événements, dans ce cas ci, la peste de Justinien et la Peste Noire...


Ce texte est largement inspiré du très bon article de Sandrine Viollet, docteur en histoire, publié sur le site du récentiste français François de Sarre: "Sommes nous en 2010 après la fondation de Rome?"


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